16 février 2017

Résidences d’artistes à l’Université François Rabelais (Tours, 37)

Les résidences d’artistes à l’Université François Rabelais (Tours, 37) – Florent Lamouroux à l’université cette année

En janvier 2017, j’ai eu le plaisir d’aller à l’université pour… y rencontrer un artiste.

Un jeudi après-midi, j’entre dans une petite salle perchée au fond de la cour du CUEFEE (Centre Universitaire d’Enseignement du Français pour Etudiants Etrangers). Florent Lamouroux m’y attend, en pleine effervescence avant l’arrivée des étudiants participant à son « laboratoire de création ». Une salle de cours presque ordinaire, aux tables disposées en U. Plusieurs ouvrages sont laissés sur les tables, je repère quelques titres au passage : Artivisme – art militant et activisme artistique depuis les années 60 de Stéphanie Lemoine et Samira Ouardi, Le Rire de résistance de Jean-Michel Ribes, et sur le tableau blanc, une liste énigmatique précédée de la mention « propositions artistiques amenées par Florent ».

Florent Lamouroux, Universitaire, sacs poubelle, sacs plastique, ruban adhésif. Série Casting (Casting est une collection d’autoportraits où Florent Lamouroux se met en scène dans des déguisements de sacs plastiques dont la fabrication rudimentaire témoigne d’un recyclage en son plus simple procédé et d’une volonté de réalisation rapide et quasi immédiate.)

Florent Lamouroux est un fidèle lecteur d’AAAR (merci Florent !), abonné de notre newsletter, au courant donc de la constitution de notre dossier « Portrait de l’artiste en travailleur, travailleuse » à l’annonce duquel il a réagi car le travail est le sujet même de nombre de ses réalisations artistiques. Le travail, emploi et positionnement socio-professionnel, est également au cœur de sa résidence à l’université de Tours en tant qu’objet d’interrogations et d’expérimentations plastiques collectives.

Son invitation à échanger sur la résidence qu’il effectue actuellement à l’Université François Rabelais de Tours nous permet de poursuivre nos « portraits de résidence ». Pour dresser ce portrait j’avais bien sûr un certain nombre de questions concernant le cadre même de ce type de résidence. J’ai gardé ces questions sous le coude pour les poser à Cecile Thomas-Grouhan, chargée des résidences au sein du service culturel, que j’ai rencontrée quelques jours plus tard. Notre entretien ainsi que l’ouvrage qu’elle m’a confié, et dont toutes les citations de cet article sont issues « La résidence d’artiste – enjeux en pratiques » (Ouvrage collectif, Sous la direction de Nicole Denoit et Catherine Douzou, Presses Universitaires François Rabelais, Hors collection, 2016), nous permet de contextualiser la résidence de Florent, ce que nous tenterons de faire tout au long de cet article.

Quelques impressions sur la résidence en cours et des informations sur les résidences à l’université

Voici donc quelques impressions et informations sur la résidence en cours, émaillées d’éléments plus généraux et historiques. Mais avant tout, une date à retenir : vous pourrez découvrir une restitution de la résidence en cours lors de la soirée intitulé « Partir en cacahuète » qui aura lieu le lundi 27 mars 2017 à l’université François Rabelais à Tours.

Aujourd’hui, jeudi 19 janvier, c’est la reprise de l’atelier collectif, après les vacances scolaires, pour le groupe de travail constitué d’étudiants de plusieurs filières de l’université (arts du spectacle, musicologie, G2I – Génie électrique et informatique industrielle,…) et en dehors (deux étudiantes de l’école des beaux-arts de Tours faisaient partie du groupe initial). Leur dernière rencontre, clôturant ainsi le premier semestre de déroulement de la résidence, consistait en une action collective en public, articulant performances et discussions, le 15 décembre.

La séance du jour est un moment charnière à plus d’un titre : lors de ce tout début du second semestre, il s’agit d’organiser concrètement et conceptuellement la production dans le décompte des dix séances restantes, avant la fin de cette aventure lors d’un rendez-vous avec le public.

Avant que la quinzaine d’étudiants n’arrivent, nous faisons le point sur les événements passés et pour commencer, sur « l’état d’esprit » de cette résidence.

L’état d’esprit de la résidence de Florent Lamouroux

Florent Lamouroux n’est pas familier de l’univers universitaire, il a donc, comme dans toutes les résidences qu’il a pu effectuer, chercher à intégrer les caractéristiques du lieu de sa production dans la réalisation à venir. Toutefois, il avait déjà mis en pied dans l’environnement de l’enseignement supérieur en collaborant avec les étudiants de l’IUT GEII au cours des années 2014-2015 qui ont produit une œuvre sous sa direction. Sa résidence s’est d’ailleurs ouverte (le 22 septembre) par une rencontre dans les octrois avec une quarantaine d’étudiants au sein de son exposition.

Construire ensemble, construire avec

Pour lui, et en résumé, la résidence à l’université s’apparente plus ou moins à un workshop (que nous pourrions traduire par « atelier pratique » ou moment collectif de réalisation) : il s’agit de construire ensemble, de construire avec… Il n’est pas arrivé avec une note d’intention mais plutôt une thématique générale, avec l’intention de la préciser au fur et à mesure. En effet, c’est lui qui a été contacté par le service culturel de l’université, qui a lui a proposé de réfléchir à une résidence. En lui donnant un délai de réflexion, on lui a simplement demandé lorsqu’il serait prêt à le faire d’expliquer son idée de départ, son axe de recherche. Sans que cela ne soit obligatoire, on lui a conseillé d’éventuellement imaginer le déroulement des premières séances.

Ce positionnement assumé par l’artiste rejoint celui préconisé par Martine Pelletier, Directrice du service culturel de l’université de Tours depuis 2009, vice-présidente de l’université en charge de la culture depuis février 2003. Avec Cécile Thomas-Grouhan, Responsable des résidences d’artistes à l’université de Tours, un cahier des charges minimal a été élaboré pour s’assurer « qu’il n’y a pas, dans l’esprit de l’artiste, de confusion possible sur la façon dont nous entendons le terme de résidence : il s’agit de créer une œuvre avec un groupe d’étudiants qui se constitue spécialement sur le projet de l’artiste mais avec une réalisation collective, donc pas exactement ce que l’on entend souvent par « résidence ». »

Au cœur de chaque résidence, « Le tronc commun c’est un atelier de création avec des étudiants inscrits pour l’ensemble du projet, c’est-à-dire qui s’engagent à participer à l’ensemble des actions de la résidence. ».

La cahier des charges

Voici un extrait de ce cahier des charges, qui commence par la définition d’une résidence d’artiste de type universitaire, en précisant qu’il s’agit de grands principes adaptables en fonction des projets  :

« Présence d’un artiste (ou d’un collectif) dans l’Université, dont l’action doit être à la fois créatrice et pédagogique et donner lieu à une performance, quelle qu’en soit la forme » (…) « Un atelier de création ouvert à tous les étudiants est généralement le centre de la résidence.Il vient s’y adjoindre, selon les propositions, des interventions dans les cours, des stages, des expositions, des manifestations ouvertes au grand public, des séminaires, des colloques, une programmation de spectacles associés… ».

Les modalités sont ainsi établies :

« L’action de l’artiste doit s’adresser à l’ensemble des étudiants de l’Université et à des étudiants d’un domaine spécialement identifié. Un calendrier de travail prévisionnel est établi pour l’ensemble de la résidence. Il peut s’étendre d’octobre à avril avec une amplitude minimale de trois mois. Il est préférable qu’un enseignant de l’Université participe à l’élaboration du projet. »

À l’université de Tours, « l’atelier de création », « atelier de résidence » ou « laboratoire de création » est une Unité d’Enseignement d’Ouverture (UEO) coordonnée par le service culturel de l’université. Le choix d’une UEO est obligatoire chaque semestre pour les étudiants de licence (la participation est validée par 3 crédits d’enseignement européens). Au moment de l’inscription, sur la base du volontariat, il est bien communiqué aux étudiant.e.s que le « laboratoire de création » demande une implication importante. Il a lieu tous les jeudis après-midi durant trois heures (10 séances de travail d’atelier par semestre), se déroule certains week-ends ou jours fériés et comporte des manifestations en soirée.

Une création à moduler

Dans le texte de Martine Pelletier et Cécile Thomas-Grouhan, « Les résidences d’artistes à l’université : pas de prêt à porter, rien que du « sur mesure » », le mot création est employé à plusieurs reprises. La création occuperait une position fondamentale : « La résidence se construit autour d’une cocréation avec les étudiants et d’un souci des enjeux de formation et de recherche, recherchant un rayonnement dans et hors les murs de l’université. ».

Ce mot de création est certainement à moduler. Au cours de notre entrevue, Florent Lamouroux dit qu’il « n’aimerait pas que les étudiants pensent qu’ils font de l’art ». Il insiste : « faire de l’art ou pas n’est pas la question ». Il précise qu’il situe plus son action, et les actions qu’il induit des engagé.e.s volontaires de son atelier, dans le détournement. Selon lui, avoir la nécessité de transcender les manières de faire, créer sa propre manière de faire et sa propre manière de travailler avec le monde, c’est cela être un artiste. Il incite donc chacun et chacune à réfléchir à sa manière de penser et de faire, en l’occurence ici et maintenant, autour de la notion de travail.

Martine Pelletier et Cécile Thomas-Grouhan ajoutent :

« La résidence d’artiste doit constituer une expérience inédite et réellement créative pour les participants, artiste, étudiants, enseignants. ». « L’objectif est de mener une expérience de vie et de penser qui vient déranger, bouger, troubler, inspirer aussi, les fonctionnements et rythmes universitaires. […] Chaque résidence doit être une mise en péril assumée de l’institution, de l’artiste (qui doit composer avec ce que l’espace-temps spécifique du milieu universitaire lui impose pendant une année complète), et bien sûr mise en péril des étudiants qui acceptent de s’engager dans ces projets toujours prenants, enrichissants et déstabilisants. » […] « Sans risque, pas de résidence, mais sans risque pas de création ni de recherche ni d’université d’ailleurs ».

Dans cette petite salle où nous nous trouvons, un étudiant attend avec nous avant le début de l’atelier. En effet cette salle qui abrite nos échanges est l’espace physique du « laboratoire de création ». Cette pièce constitue une base : à la fois atelier, studio de tournage, quartier général, lieu de rendez-vous hebdomadaire et salon de discussion ou se digère les expériences, où se partage les découvertes intellectuelles ou sensibles, où se prépare les restitutions envisagées… Ici il s’agit de croiser les idées, de tenter des mises en forme et surtout d’apprendre à se connaître. À ce moment de la discussion, autour de la considération de l’art, cet étudiant résume ce qu’il a déjà saisi de cette collaboration avec Florent Lamouroux. Il nous dit s’être aperçu que « dans le principe de création, tout est ouvert. Il s’agit de réduire progressivement à une chose, un acte… Finalement, j’ai pris conscience d’une certaine liberté mais surtout des limites qu’on se fixe soi-même ».

Le thème du travail de la résidence : le travail

Pour la proposition du thème de sa résidence, Florent Lamouroux a considéré qu’au sein de l’enseignement supérieur les étudiants sont à l’aube de leur carrière professionnelle. L’enseignement dont ils bénéficient à l’université n’est pas une préparation linéaire au travail (à l’instar d’une programmation informatique) mais un ingrédient parmi d’autres de leur futur en construction. Ces jeunes femmes et hommes ont des centres d’intérêt enfin spécialisés, ils se trouvent à l’apogée de leurs connaissances théoriques, à l’aube de leur vie active et de leur entrée dans le monde du travail.

Il est donc parti dans l’idée de fédérer le groupe constitué des étudiant.e.s et de lui-même pour créer un métier qui n’existe pas (encore), à partir des compétences de chacun.e.

L’annonce de son atelier a donc pris la forme d’une petite annonce, pour l’ouvrir au maximum à des profils différents : psychologie, sociologie, musicologie, histoire de l’art, art… d’étudiant.e.s

RECHERCHE « Créateurs d’emplois »
Nombre de postes à pourvoir : 25
CDD de 8 mois.

Cette annonce est ouverte aux étudiants motivés et désireux de mettre leurs compétences au service d’un projet commun.

Après plusieurs essais et tentatives, sera visé finalement un ensemble de métiers plutôt qu’un métier unique, constitué de métiers fictifs dont l’existence sera incarnée par un nom spécifique, une lettre de motivation et un costume idoines.

Pour résumer la discussion sur le déroulement de l’atelier à ce jour, il semble qu’il se soit creusé en trois facettes articulées, trois champs de réflexion et d’expériences complémentaires :

  1. Un premier axe que nous qualifierons de théorique, sur le travail (dont le travail artistique), alimenté par des conférences, des observations, des lectures et des discussions
  2. Un second axe tourné vers la manipulation, la pratique et le regard sur les matières, les éléments plastiques, les actes, les gestes et les mises en forme. Axe nourris d’ateliers, de rencontres, d’essais et de décisions itératives.
  3. Un troisième axe, travaillé de façon constante mais en pointillé, portant sur les contenus de la restitution et des événements publics, précisés au fur et à mesure.

Des créations croisées

Concernant cette restitution, à ce jour celle-ci prendrait la forme d’une soirée de performances et d’installations interactives (« les souffleurs de lumière », bougies sur lesquelles on souffle pour produire de la musique), accompagnée d’une exposition de photographies dans le hall et, par le procédé de la vitrauphanie, d’une photographie, issue de la série « motifs de résistance » sur la façade de l’université.

Photographie réalisée par Florent Lamouroux à partir des postures de résistance acquises à l’issue du stage de désobéissance civile, avec la collaboration du département de photographie technique de l’université François Rabelais de Tours.

Cette exposition comporterait des diptyques associant une photographie en pied de chaque étudiant.e en tenue – home made – et posture de travail et une lettre de motivation fictive. Il est intéressant de noter au passage que l’échange artistique repose peut-être ici dans le fait que les étudiants se prêtent volontiers au jeu, en tant qu’acteurs, d’une création originale de l’artiste (« motifs de résistance », tels que ci-dessus), tandis que Florent Lamouroux les accompagne dans un ensemble de productions individuelles (les lettres de motivation et les photographies en costume).

Le titre de cet événement Partir en cacahuète a émergé d’une lettre de motivation fictive écrite par une étudiante. Si nous pouvons penser que dans le cadre de la considération du travail, s’ajoute une prise en compte du « burn-out » (ou le fait de « partir en cacahuète » à la suite de l’épuisement professionnel), c’est pour un voyage vers une île imaginaire, l’île de cacahuète, que le groupe de l’atelier souhaite nous convier. Les conditions de la matérialisation de cette île sont encore en cours de détermination : il pourrait s’agir d’un bureau, habité de goodies édités pour l’occasion, dans une volonté d’infiltration du hall de l’université plus que de démonstration spectaculaire.

Cette possibilité d’édition est ouverte par une des « obligations » de laisser une trace de la résidence (livret, photos, DVD…). Nous en profitons pour récapituler les autres invariants de toutes les résidences passées, dont vous trouverez une liste en fin d’article :

  • Il s’agit de résidences annuelles, se déroulant sur l’année universitaire. À ce sujet, les rythmes universitaires ayant changé, fragmentant de façon grandissante les disponibilités des étudiants, des enseignants et des personnels, des résidences semestrielles sont envisagées pour le futur.
  • Les résidences cherchent a convoquer, dans leur succession, une certaine diversité de disciplines artistiques. Toutefois, il n’y a pas d’appel à projets. Les artistes sont sollicités sur proposition de membres de l’université ou dans le cadre de partenariats avec des structures culturelles (comme le CCNT, répondant au souhait du service culturel de mener une résidence chorégraphique), pour des résidences calées en mars maximum pour l’année universitaire suivante.
  • Il faut que l’artiste soit reconnu.e et qu’il ou elle présente des compétences sociales, à même notamment de collaborer avec le service culturel qui sera l’interface principale des résidences.
    Dans le cadre de chaque résidence, des partenariats divers sont noués, afin d’enrichir les activités à destination des étudiant.e.s ou de pouvoir rendre opérationnels certains projets de création.

Déroulement de la résidence : des invitations partagées

Par ailleurs, le dispositif proposé à l’artiste en résidence permet d’organiser avec lui un programme de nourritures intellectuelles, pratiques ou techniques. Il est donc possible d’ajouter une programmation associée consistant en un cycle de conférences, un parcours du spectateur, une master classe, des expositions ou projections, des ateliers complémentaires… Les premier.e.s destinataires en sont les étudiant.e.s, les différents acteurs et actrices de l’université, quelques fois le grand public et toujours, l’artiste, qui concepteur de ce petit programme d’invitations en est également un des bénéficiaires attentifs.

Florent Lamouroux a ainsi organisé des stages et ateliers complémentaires…

  • Avec la MOIP (Maison de l’Orientation et de l’Insertion Professionnelle), les membres de l’atelier ont bénéficié d’une formation pour écrire leur lettre de motivation fictive, pour un métier qui n’existe pas, à partir du re-mixage de leurs expériences réelles.
  • Avec Rémi Filliau, ces mêmes membres ont suivi un stage de désobéissance civile et d’action non violente. Cette invitation répondait à une intuition de l’artiste, qu’il a ainsi pu creuser en prenant la résidence comme base de réflexion et d’essai. Le positionnement des corps l’intéressait particulièrement, créant des postures comme autant de formes à explorer par la photographie.

… ainsi que des conférences et des performances

Les ateliers peuvent aussi se combiner à des conférences, comme celle du 10 novembre 2016. Lors de la journée précédant la rencontre avec Paul Souviron et Antoine Lejolivet du Collectif Encastrable, les étudiant.e.s ont mis au point, accompagné.e.s par les artistes, un protocole artistique nommé « black mirror ». En l’occurence, ils s’agissait d’étaler du beurre sur une vitre, puis d’en réaliser une photographie de nuit.

D’autres conversations ou conférences émaillent la résidence, telles que la conversation avec Nicole Denoit le 29 septembre, pour exposer quelques pistes de réflexion de Florent Lamouroux sur sa pratique artistique. Le 24 novembre, c’est l’artiste plasticien Stefan Shankland qui est invité, après une mise en relation avec Florent Lamouroux grâce à cette enseignante, pour une conférence intitulée « Le Musée du Monde en Mutation ».

Enfin, la « Contre-performance (économique) », dont le sous-titre indique qu’elle est « fortement conseillée aux personnes qui ont perdu leur âme sensible au travail », du 15 décembre, articulait la performance « sauvage » des étudiants de l’atelier résidence, la performance « économie de la contre-performance » de Florent Lamouroux avec le saxophoniste Alessio La Luce et un échange avec Evelyne Fouquereau, enseignante au département de Psychologie, et Frédéric Herbin, enseignant au département d’Histoire des Arts.

Outre la direction de l’atelier et le concepteur d’un programme culturel associé, Florent Lamouroux s’investit également à l’université par la présidence du jury de la 10ème édition du concours d’arts plastiques, le Printemps de l’Art Etudiant ayant pour thème «Egoportrait, une déclinaison artistique du selfie», en février 2017. Il intervient également de façon ponctuelle dans différents cours, à la demande des enseignant.e.s.

Une aventure tranquille

Cette résidence nous apparaît à la fois pratique, théorique, localisée et infiltrante. De manière plus générale, ce qui nous frappe lors de la discussion avec le service culturel, c’est la décontraction dont font preuve les personnes en charge de l’organisation et du déroulement de la résidence. Pour citer un exemple, le cahier très charge, très succinct, n’est quelque fois même pas remis aux artistes. Il nous semble que le fait de ne pas se réfugier derrière des textes, de ne pas avoir besoin d’édicter des règlements ou de rédiger de littératures techniques en amont, reflète une grande confiance dans les artistes, dans les interactions et dans la possibilité d’échanger pour solutionner les différents problèmes qui « pourraient » (et non « devraient ») se poser.

À Tours, Martine Pelletier et Cécile Thomas-Grouhant écrivent que

« Les résidences se suivent et ne se ressemblent pas ; il n’y a pas de recette il y a des intuitions, des adaptations, des opportunités, des réseaux, des envies, des coups de cœur, des impossibilités, des surprises. »

Un peu d’histoire

Pour expliquer cette tranquillité, qui n’est pas toujours présente dans les appels à résidence, revenons aux déclarations du géographe Michel Lussault, chargé de la recherche et vice-président à partir de 1998, puis président de l’université de Tours de 2003 à 2008, au moment donc de la mise en place de ces résidences qui ont maintenant une quinzaine d’années. Lui-même pointe des dérives possibles liées à la grande tradition universitaire à la française, mentionnant que « quelques universités s’étaient engagées dans des résidences d’artistes en expliquant aux artistes ce qu’il fallait qu’ils fassent. »

Un terrain favorable à l’aventure

L’aventure commence par une sollicitation en 2002 d’Alexis Armengol, de la compagnie Théâtre à Cru, qui fait appel à l’université pour préparer son spectacle IKU dans la salle Thélème. Il propose d’accompagner cette résidence d’une « école du spectateur », qui aboutira à la préfiguration du Théâtre Universitaire de Tours (TUT. Parallèlement, un poste de Vice-Présidente à la vie étudiante et à la culture est crée, poste qui s’est généralisé dans la plupart des université depuis. Enfin, conjointement, un nouveau master est proposé en Arts, Lettres, Langues – Mention Lettres, Arts et Humanités – avec la spécialité Culture et médiation des arts du spectacle. Il apparaît que les étudiant.e.s de ce master peuvent constituer un noyau dur pour la fréquentation des résidences ateliers. À cette époque, un projet intellectuel concernant l’université de Tours est en gestation, il passe par la recherche d’un « récit organisateur » pour se donner un profil particulier et une identité propre. Si la formation universitaire se caractérise par une formation par la recherche, la notion de création y est affirmée. Martine Pelletier et Cécile Thomas-Grouhant insistent sur le fait que « La création est collective au sein d’un établissement universitaire ce qui implique l’idée de partage des savoirs et d’un cadre de recherche. ». Les résidences s’inscrivent dans cette quête d’identité, et si elles bénéficient aujourd’hui de soutiens financiers (du Conseil Départemental d’Indre-et-Loire et de la DRAC Centre Val-de-Loire), institutionnels et opérationnels, elles sont d’abord le fait d’un choix libre et assumé. La résidence étant considérée comme légitime en tant que principe au cœur d’un projet intellectuel.

Les résidences ne sont pas là pour jouer les utilités

Michel Lussault affirme que

« les résidences ne sont pas là pour jouer les utilités », elles « ne sont pas un supplément d’âme d’une formation, tout comme les Sciences Humaines et Sociales ne sont pas des disciplines annexes contribuant aux acceptations sociales d’un certain nombre d’innovations. Elles ne sont pas un vernis, ni un lustre culturel ou artistique. »

Le constat de la décontraction rejoint une certaine forme d’humilité, car

« […] on ne peut jamais éprouver et connaître le monde mais simplement les médiations que nous déployons pour tenter d’être vivants – ce qui n’est pas du tout la même chose – le rôle d’une éducation supérieure est de proposer des expériences inédites aux étudiants. D’ailleurs, au départ, nous avions songé aux enseignants aussi. Des expériences inédites qui leur permettent de mieux comprendre les types de médiation pratiques et sémiotiques qu’on peut justement inventer pour tout simplement tenter d’être vivants. Ce qui n’est déjà pas si mal comme projet, non ? » […] « Je dirais que les résidences d’artistes ont gagné vraiment quand elles changent le regard qu’on a sur la manière de former. »

La résidence propose donc une augmentation de la formation par l’expérience, il s’agit d’injecter quelque chose d’autre dans la routine nécessaire sans viser spécifiquement l’acquisition d’un style ou la maîtrise d’une forme. À ce sujet, des déceptions sont d’ailleurs exprimées quelques fois de la part des étudiant.e.s se plaignent majoritairement de deux éléments pouvant apparaître contradictoires. Ils/Elles semblent déçu.e.s qu’on lès amène à se poser trop de questions (alors qu’ils pensaient juste apprendre une technique, un savoir faire) ou déclarent que la dimension collective les frustre (alors qu’ils/elles pensaient mener une création individuelle, signée de leur nom). Les « frondes » qui apparaissent doivent alors être réglées par des discussions et des ajustements, au sein desquelles le service culturel poursuit son rôle d’interface et sa mission d’accompagnement.

Une inquiétude désirée

Les notions de perturbation, d’inquiétude, de déplacement, de stimulation sont très présentes dans les discours, à l’instar des verbes tels que « déranger, bouger, troubler ». La résidence offrirait une « expérience irréductible d’inquiétude et de trouble. » :

« Finalement, ce qui nous a guidés c’est que la résidence est une mise en péril : à la fois de l’institution, de l’artiste, qui doit effectivement faire avec ce que cet espace-temps de l’université lui apporte de particulier, er qui n’est pas toujours simple, et une mise en péril de l’étudiant. »

Au sujet des enjeux en présence, Martine Pelletier et Cécile Thomas-Grouhant identifient que

« Pour les étudiants, l’enjeu est donc l’accès à l’univers artistique de l’intervenant ; pour l’artiste l’enjeu est sans doute à rechercher en partie dans un désir de transmission et en partie dans la stimulation que ce type de travail partagé en milieu universitaire peut générer. »

Pour le futur, des réflexions sont menées sur une solution hybride de résidence, présentant un lien plus fort avec les laboratoires de recherche de l’université, rejoignant ainsi les préconisations des textes ministériels vers un lien plus fort entre professionnalisation, artiste, recherche et pédagogie et au rythme plus proche de la semestriellisation désormais en vigeur. Cela devrait être le cas pour la nouvelle artiste en résidence, qui souhaite s’associer au laboratoire CITERES.

Plus d’informations sur la résidence en cours

 

Et pour en savoir plus :

La liste chronologique des résidences à l’université François-Rabelais de Tours

  1. 2002-2003, théâtre, Alexis Armengol / Théâtre à cru
  2. 2003-2004, arts plastiques, Michel Gressier / un ciel pour cimaise
  3. 2004-2005, musique, Marc Ducret
  4. 2005-2006, écriture/traduction, André Markowicz
  5. 2006-2007, écriture, François Bon
  6. 2007-2008, cinéma, Mohamed Ouzine
  7. 2008-2009, arts plastiques et musique, François Delaroziere, La Machine
  8. 2009-2010, musique et écriture, Guillaume Hazebrouck et Tanguy Viel / Compagnie Frasque
  9. 2010-2011, arts graphique, Marc-Antoine Mathieu – Lucie Lom
  10. 2011-2012, marionnette, Frank Soehnle / Tubingen Figuren Theater
  11. 2012-13, musique, Collectif ARFI (Éric Brochard et Jean Aussanaire)
  12. 2013-14, danse, Raphael Cottin / La Poetique des Signes
  13. 2014-2015, écriture, Stéphane Bouquet
  14. 2015-2016, écriture radiophonique, David Christoffel
  15. 2016-2017, arts plastiques et performance, Florent Lamouroux