Accueil

« La vie imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie »

Oscar Wilde (1854 – 1900)

Cette citation d’Oscar Wilde, extraite de son essai « The Decay Of Lying – An Observation » ou « Le Déclin du mensonge« * nous semble prendre un sens particulier au regard des événements mis en avant dans notre 30ème newsletter. La sélection d’AAAR s’est majoritairement portée cette semaine sur des rendez-vous à très court terme, puisqu’ils se déroulent ce week-end. Pour la plupart, ils ont en point commun une interrogation sur l’inscription de l’art dans l’espace public. Vous pouvez bien sûr retrouver dans notre site des événements à venir, pour plannifier vos visites au delà de cette fin de semaine.

Préparant une conférence pour l’école des beaux-arts de Châteauroux, je voudrai vous faire part ici d’une question, juste en passant : L’art dans l’espace public est-il à envisager selon les codes des opérations marketing ?

À ce titre, l’article de Libération sur l’agitation publique et médiatique entourant le cadeau cadeau de Jeff Koons à la ville de Paris est intéressant puisqu’il s’interroge principalement sur les « procédures d’attribution de projets artistiques dans [des] lieux à très forte visibilité« . Cette question de la forte visibilité évoque le vocabulaire marchand de la location des surfaces urbaines comme supports publicitaires, monnayée selon les critères d’impact visuel sur l’espace environnant. La polémique, en l’occurence, ne semble pas viser l’espace en lui-même mais le fait qu’il n’est pas loué par une marque quelconque.

Dans un autre registre, la principale commande publique de ces quarante dernières années consiste en… la commande et la réalisation de ronds-points ! On estime qu’il existe environ 30.000 ronds-points, et 500 nouveaux sont inaugurés chaque année. À la fin du XXe siècle, la France abritait plus de la moitié des ronds-points construits sur la planète.
Selon Éric Alonzo, « jamais dans l’histoire moderne des infrastructures routières, un dispositif circulatoire n’avait déclenché une telle avalanche ornementale« . La statuomanie du XIXème siècle, initiée par l’art républicain, voulait ennoblir les rues par des monuments emprunts de solennité et de vénération du pouvoir, en magnifiant la stature des grands hommes (masculins) du « cru » pour valoriser les territoires. À partir des années 80, les maires, confrontés à la décentralisation et à l’essor des politiques de sécurité routière, héritent de nouveaux pouvoirs et cherchent à rendre leur action lisible. Le giratoire a ainsi permis aux édiles de laisser une trace durable et originale de leur passage, sans aucune règle, ni d’ailleurs aucun inventaire officiel. Bernard Toulier, conservateur en chef du patrimoine se demande d’ailleurs si «dans une ou deux générations, il faudra voir s’il n’y a pas là un patrimoine à protéger.» Car le rond-point n’est plus simplement perçu comme un outil pour fluidifier le trafic, il répond à la volonté des communes de marquer leur identité. Daniel Laurent, maire de Pons et sénateur de la Charente-Maritime, déclare d’ailleurs qu’ « un rond-point est fait pour interpeller, montrer qu’il se passe quelque chose dans la commune. » et souvent faire la promotion des spécialités ou même des entreprises locales.

Pour conclure cet aparté, il pourrait être intéressant de lister toutes les agences événementielles qui produisent de l’art dans une logique de communication, rejoignant le désir ultime de la marchandise d’être consommée en tant qu’œuvre d’art. Si le propos mérite d’être nuancé, le positionnement d’Antoine Leperlier nous semble trouver souvent une certaine acuité : « Si l’art s’est effectivement intégré à la vie, c’est sous le seul mode de son insertion économique et mercantile; il s’est associé à la propagande culturelle du mode de vie imposé par la marchandise, dans lequel l’artiste se définit comme un prestataire de service, réduit à n’être qu’un simple agent d’ambiance ou de divertissement, forcément impertinent, toujours “subversif” et “critique »« . (Art Contemporain et survivance des hiérarchies entre les arts, Concepts et matériaux, Figures de l’art 7, 2004, Publications de l’Université de Pau).

Je n’ai pas de réponse à la question posée, mais je pense qu’elle prend de plus en plus de pertinence dans une société au capitalisme (financier, cognitif, médiatique) exponentielle.

AAAR reste joignable à cette adresse : contact@aaar.fr
Faîtes nous signe pour alimenter notre inventaire dynamique d’événements, d’actualités professionnelles et d’initiatives en tout genre concernant l’art contemporain en région Centre et/ou contribuer à l’AAARevue, qui cherche toujours des rédacteurs et rédactrices d’articles de fond (rémunérés) sur les fabriques de l’art contemporain.

Avec passion, bien à vous : AAAR.fr

* publié au sein des quatre études rassemblés dans Intentions, 1891, avec les trois autres essais : « Plume, pinceaux, poison», « La critique est un art» et « La Vérité des masques».


Prochaine newsletter :

  • NEWSLETTER # 031 : 16 décembre 2016

Consulter les archives | S’inscrire à la newsletter | Facebook | Twitter