16 juin 2015

Genre Humain explore le Palais Jacques Cœur à Bourges

Attention : Une exposition peut en cacher une autre !

Au sein de l’AAARevue, il n’est pas dans nos habitudes de rédiger des chroniques ou des critiques d’expositions. Cet article, d’ailleurs, n’est ni l’une ni l’autre. Il s’inscrit dans notre ligne éditoriale générale, explorant plutôt la fabrique de l’art contemporain et ses coulisses.

L’exposition Genre Humain, visible à Bourges depuis le 12 juin (et jusqu’au 4 octobre) articule plusieurs problématiques et autant de partenaires, telle une équation dont les données seraient :

  • Un édifice du XVème siècle, chef-d’œuvre de l’architecture gothique tardive (un des dix monuments nationaux de la région Centre Val-de-Loire) : le Palais Jacques Cœur, à Bourges.
  • Une association désormais trentenaire agissant en tant que plateforme expérimentale dédiée aux pratiques artistiques émergentes, et comprenant un centre d’art contemporain : Emmetrop (basée sur une friche punk historique « la friche L’antre-peaux », actuellement en pleine réhabilitation).
  • Un artiste français de premier plan et de dimension internationale, complice de longue date de l’association Emmetrop : Claude Lévêque.
  • Trente artistes de générations différentes, trente œuvres choisies par Claude Lévêque telle une « anthologie personnelle » entrant « en écho » avec son « aventure des années 80 à nos jours ».

L’exposition GENRE HUMAIN, 30 ANS EMMETROP, sous-titrée Cabinet de curiosités au Palais Jacques Cœur compose à mes yeux une véritable alchimie.

Si j’ai déjà eu l’occasion, par le passé, de visiter sous les auspices d’une exposition d’art contemporain cette « grand’ maison » (créée par la volonté du riche marchand Jacques Cœur, construite de 1443 à 1453, elle est la propriété de l’État depuis 1925, gérée par le centre des monuments nationaux), elle prend à travers cet accrochage subtil une nouvelle dimension.

Le parcours de visite propose un dialogue itératif entre la circulation de son propre corps dans l’espace et dans l’architecture, et entre ces espaces architecturés et les œuvres. La dimension « domestique » rejoint celle du langage, l’histoire entre en collision avec des mythologies singulières, le quotidien le plus trivial côtoie les métamorphoses les plus extravagantes.

Au sein de ce parcours, des espaces sont ouverts de façon inédite. Tel le dépôt lapidaire qui se trouve, littéralement, auréolé de l’éclat froid et merveilleux de cuillères dans le dispositif spécifique
 conçu par Claude Lévêque : « Chiens de diamants » (conception sonore en collaboration avec Gerome Nox).

Pour conclure cet article, je m’efface derrière les mots d’Erik Noulette, Damien Sausset et Nadège Piton (équipe du Transpalette – Emmetrop) qui ont écrit à Claude Lévêque un texte à la hauteur de cette expérience merveilleuse :

« Cher Claude,
On n’est plus du tout sérieux quand on a une existence de 30 ans et qu’on s’appelle Emmetrop. Nous aussi comme les vieux amants, il nous a fallu vieillir sans devenir adulte.
Voir et vivre la gravité folle du monde autour et devant nous. Ne pas se laisser aller à trop de renoncements de notre jeunesse agitée et bruyante. Ces trente années d’activisme par l’art, on te les doit. Tu as su être simplement, vraiment là, à nos côtés, complice radical, avec toujours l’exigence des amis vrais. Il est des fidélités qui n’ont pas besoin de mariage, juste de liberté et d’amour.

GENRE HUMAIN, tu l’as voulu avec nous. Mirifique cadeau. Un désir déterminant, comme en 1992-1993 avec le projet « Appartement occupé », de faire bouger des lignes, ensemble. Aller contre vents et marées vers une proposition de forme inédite pour toi comme pour nous. Aujourd’hui, tu as créé « Chiens de diamants » dans un sous-sol du palais, nous ne pouvions l’envisager autrement. Tu as aussi ouvert avec générosité, aux publics, ton bestiaire secret, ton intime de l’art contemporain.

GENRE HUMAIN éclaire notre ciel d’une parcelle de ta constellation de supers héro(ïne)s de l’art.

GENRE HUMAIN comme un spécial mix, une «playlist» de faiseurs et défaiseurs de mondes.

Merci, Claude, de continuer à nous donner ces émotions hors normes faites de tendresse et de détermination; qu’il s’agisse de ton plein engagement pour la concrétisation de ce projet pour lequel nous co-voyageons depuis plus d’un an avec le Centre des monuments nationaux; qu’il s’agisse de ta fière façon de parler sans emphase des artistes et des œuvres qui te bouleversent ; qu’il s’agisse de ces moments forts, plus que magiques, du décaissage des pièces/ organes de Genre Humain. Ton plaisir manifeste. Et notre trouble partagé face à ces trente-deux parties d’artistes en transit de ta tête aux murs d’un palais de conte de prince.
Amour indéfectible,
Erik, Damien, Nadège / Transpalette – Emmetrop

Avec les œuvres de : Martine Aballéa, Pierre Ardouvin, Joseph Beuys, Fabien Boitard, Christian Boltanski, Simon Boudvin, Anne Brégeaut, Guillaume Constantin, Erik Dietman, Edi Dominique Dubien, Laurent Faulon, Mona Hatoum, David Hammons, Pierre Huyghe, Michel Journiac, Carlos Kusnir, Bertrand Lavier, Claude Lévêque, Jonathan Loppin, Bérénice Merlet, Annette Messager, Anita Molinero, Armand Morin, Tania Mouraud, Cady Noland, Gerome Nox, Gina Pane, Françoise Pétrovitch, Haim Steinbach, Alan Vega, Jérôme Zonder, Ugo Rondinone.