16 juin 2015

L’art contemporain dans les monuments nationaux

Patrimoine et art contemporain : les amants terribles.

On les dirait plutôt timides dans leur fréquentation mais, quand rapprochement il y a, c’est souvent les foudres publiques qui se réveillent. Versailles habité tour à tour par des Jeff Koons, Xavier Veilhan et Takashi Murakami fait crier «  Ô, scandale  »  !

En 2000, l’incroyable programmation de «  La beauté  » en Avignon avait déjà fait polémique, mais serait bien malhonnête celui qui osera prétendre que cette architecture n’y a pas trouvé une lisibilité nouvelle. On ne déambule pas dans ces lieux de la même façon, la perspective est changée et le regard forcé d’emprunter d’autres trajectoires. D’ailleurs, les pièces exposées auraient-elles la faculté d’occulter le fabuleux lieu qui les abritent  ?
Nos vieilles et nobles pierres ne se montrent pas allergiques à l’art actuel. Les œuvres contemporaines n’ont pas pour ambition d’emporter la vedette. Ni Versailles ni le Palais des Papes n’ont eu à souffrir de quelconques outrages.

Les monuments nationaux qui accueillent des expositions d’artistes vivants trouvent un nouveau public, les amateurs d’histoire y vivent peut-être une expérience inédite. Des parties fermées au public habituellement se dévoilent, les parties moins nobles trouvent une respectabilité nouvelle. La manifestation d’envergure «  Songe d’une nuit d’été » organisée par les FRAC Poitou-Charentes, Pays de la Loire et Centre en 2012, est en ce sens exemplaire  : une chasse à l’art sur trois régions et des expositions établies pour la plupart dans des bâtiments patrimoniaux.

Chaque forme d’art contemporain n’a pas ce pouvoir d’électriser le public. Quand la danse contemporaine s’invite au Cloître de la Psalette de Tours avec Joanne Leighton, ou très récemment avec Thomas Besnard & Thomas Lebrun, rien ne fleure d’irritation dans la ville. Lorsque ce même lieu est investi en 2007 par de jeunes artistes pour l’exposition L’un/Foule, l’accueil est bien différent.
Ni clou ni vis pourtant, ni même de colle éponyme, l’installation des œuvres qui prennent place dans les monuments patrimoniaux est bien-sûr éminemment respectueuses des murs qui les accueillent.

Au Palais Jacques-Cœur à Bourges, Claude Lévèque ne déroge pas à cette règle de révérence. Et, encore une fois, des parties inaccessibles au public s’ouvrent pour l’occasion. Une aubaine pour les amateurs de vieilles pierres également.
→ à lire : « GENRE HUMAIN » EXPLORE LE PALAIS JACQUES CŒUR dans le Dossier « Enquête » / Patrimoine et art contemporain

Est-il donc convenable de faire cohabiter patrimoine et création contemporaine ? Une jolie réponse est à trouver en Poitou-Charentes sur le site du château d’Oiron (XVIème) où se niche de façon pérenne, une fabuleuse collection d’art… résolument contemporain.

Valérie Nam, juin 2015

À lire  : Les monuments nationaux en quête d’art contemporain, http://www.lefigaro.fr/, 2012

À écouter : Les actes du colloque « Exposer l’art contemporain dans les monuments historiques »
Retransmission audio du colloque du 7 octobre 2010

L’institut national du patrimoine et le Centre de recherche du château de Versailles proposaient le 7 octobre 2010, dans le cadre du cycle des  » Rencontres européennes du patrimoine « , un colloque sur le thème :  » Exposer l’art contemporain dans les monuments historiques « .

Daniel Buren au Palais Royal, Jeff Koons, Xavier Veilhan ou Takashi Murakami au château de Versailles, François Morellet ou Cy Twombly au Louvre, la confrontation entre les oeuvres contemporaines et les monuments anciens, chargés d’histoire, soulève parfois un vif débat. Pourtant ces lieux historiques ont évolué au fil des siècles. Aujourd’hui, les expositions d’art contemporain dans des monuments historiques rencontrent un grand succès auprès d’un public curieux et sont de plus en plus nombreuses.
A travers des exemples concrets, cette journée d’études organisé par l’Institut national du patrimoine et le Centre de recherche du château de Versailles abordait la question des publics et des contraintes liées aux lieux, auxquelles doivent faire face les artistes et les professionnels du patrimoine. Elle a eu lieu le 7 octobre 2010 à l’Institut national du patrimoine.