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16 février 2016

La revue Faros, entretien avec Romaric Fargetton

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Faros 2Lancée en novembre 2015, la toute jeune revue Faros trouve peu à peu ses marques dans le territoire du Grand Ouest. Si dans les faits la revue en est à son premier numéro, Ithaac, l’association tourangelle éditrice, en est bien à son troisième essai. Fort de l’expérience des revues Klaatu et Ithaac, le nouveau né poursuit la route dégagée par ses 2 grandes sœurs dans les champs de la création contemporaine et des problématiques liées au territoire et au paysage.

À cette occasion, AAAR s’emploie à faire un état des lieux de la revue d’art visuel en région Centre durant les prochaines semaines. Quelle économie ? Quel public ? Qui en sont les éditeurs et les contributeurs ? Voici les questions auxquelles nous tenterons d’apporter les réponses.

Fiche d’identité

Nom de la revue  : Faros
Thématiques  : Paysage, Territoire et Création contemporaine
Édition  : Association Ithaac
Lieu d’édition  : Tours
Directeur de publication  : Lohengrin Papadato
Année de création  : 2015
Format  : 16×24 – 116 pages – couleur
Périodicité  : bi-annuelle
Nombre d’exemplaires  : 300
Prix  : 15 euros
Site web  : http://faros-revue.fr/index.html

Romaric Fargetton, graphiste et rédacteur en chef de la revue Faros, fait partie du comité restreint de l’association Ithaac depuis ses débuts. C’est donc tout naturellement que AAAR s’est entretenu avec lui pour mieux comprendre le fonctionnement de cette nouvelle revue, de son positionnement sur la ligne éditoriale au système économique, en passant par les modalités de rédaction et l’appel à de nouveaux contributeurs.

LIGNE EDITORIALE
AAAR  : Comment peut-on définir la ligne éditoriale de Faros  ?

Romaric Fargetton  : Faros est une revue qui traite principalement d’art contemporain et d’art visuel. Ou plutôt de création contemporaine comme on peut le lire sur la couverture. On s’intéresse donc à la question de la création contemporaine en lien et relation avec les thématiques de territorialité, d’espace et de paysage. Chaque numéro de Faros est l’occasion de réunir et de confronter autant de points de vue, d’approches et de concepts différents autour d’un territoire donné. Ça peut être un territoire physique comme la montagne ( thème du premier numéro ), mais ça peut également être une notion territoriale plus vaste et pas nécessairement cantonnée géographiquement. L’idée est de tenter de comprendre le regard contemporain qu’on porte sur un même territoire. Mais cette ligne éditoriale, telle qu’elle existe, a vertu à évoluer. Nous sommes une jeune revue, et je crois qu’il est normal qu’elle se construise au fur et à mesure. Il est vrai que ce prisme d’art contemporain qu’on avait mentionné au début est naturel pour nous. Parmi les 4 personnes qui gèrent l’association, 3 sont issus des Beaux-Arts d’Angers, et moi je suis diplômé d’une école de communication visuelle et d’art graphique. Mais au final, plus on amène de personnes dans le projet, plus il s’enrichit, et plus on se libère de ce prisme. Il y a une mutation progressive vers les questions de territorialité contemporaine, ce qui nous invite également à faire intervenir plus de penseurs et de théoriciens qui n’ont pas ces dimensions plastiques ou visuelles des arts.

AAAR  : Ce que tu me dis me semble symptomatique d’une époque où les plasticiens ne sont plus uniquement des plasticiens et où les frontières de la création contemporaine sont extrêmement poreuses.

RF  : Nous faisons ce constat  : compartimenter les choses n’est plus tout à fait pertinent vis-à-vis des pratiques contemporaines. En faisant la revue Ithaac ( ancien projet de l’association Ithaac ), on a vu qu’un artiste pouvait avoir n’importe quel statut et qu’il pouvait toucher à n’importe quelle discipline. Le premier exemple qui me vient à l’esprit, c’est le travail de Cyril Courte qui présentait récemment, à l’école des Beaux-Arts de Tours, son partenariat avec la station de radioastronomie de Nancay. On peut voir qu’il travaille en étroite collaboration avec des personnes qui ne sont ni des artistes, ni des plasticiens. Et nous, c’est quelque chose qu’on épouse et qu’on embrasse dans la ligne éditoriale.
Pour Ithaac, on s’était entretenu avec Alain Declercq qui nous avait livré une anecdote intéressante. Son travail artistique consiste à se mettre volontairement en danger. En se faisant passer pour un terroriste, il avait été interrogé par les flics à qui il avait expliqué «  Je ne suis pas un terroriste mais un artiste. Ma vertu est de créer et non pas d’anéantir  ». Ce à quoi les flics avaient répondu très justement «  L’un n’empêche pas l’autre  ». Ce qui lui rappelait, qu’à une époque, il y avait des étudiants espions du Mossad aux Beaux-Arts de Paris. En fait quand tu es artiste, tu peux t’approprier n’importe quelle discipline, tu peux tout étudier et ça ne paraîtra jamais incohérent ou impossible. Il n’y a plus vraiment de frontière. Et en effet, plutôt que de dire que l’on fait une revue d’art contemporain, on préfère s’étendre à quelque chose de plus large.

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LECTORAT ET DIFFUSION
AAAR  : Comment peut-on définir le lectorat de Faros  ?

RF  : Notre premier public, ce sont les personnes qui nous suivent depuis la revue Ithaac. On va être honnête, c’est un public plutôt branché art plastique, art visuel et art contemporain. Comme nous sommes assez jeunes, il y a pas mal d’étudiants et d’anciens des Beaux-Arts. La diffusion se fait beaucoup par les FRAC et d’autres lieux d’exposition. C’est le prisme et l’angle que nous avons choisi au début et qui est toujours plus ou moins le notre. Mais au fur et à mesure, le projet s’enrichit, les collaborations évoluent, et donc le lectorat s’ouvre. En fait, chaque collaborateur est un vecteur de diffusion de la revue. Je pense particulièrement à l’entretien d’Arnaud Teicher que j’ai réalisé. C’est un graphiste et un photographe. Et les personnes qui le suivent sont vraiment de la photographie contemporaine. Comme il avait pas mal diffusé le projet de son côté, il a amené un public qui n’était pas tout à fait le notre.

AAAR  : Les collaborateurs sont donc des vecteurs de diffusion. C’est ce qui explique une diffusion «  Grand Ouest  »  ? Parce que les contributeurs y sont présents  ?

RF  : C’est aussi parce que nous sommes installés dans cette région là. Je suis à Tours. Lohengrin, le directeur de publication, est à Rennes. Marine et Deborah sont à Nantes. Et moi, j’ai encore pas mal de contacts à Paris. Ça nous situe vraiment dans cette région du «  Grand Ouest  ». Dans le premier numéro, on a un écossais qui a écrit une fiction. Arnaud Teicher, avec qui je me suis entretenu, vit à Aix-en-Provence, et vient plutôt de la région lyonnaise. Ça a vertu à s’étendre en dehors de ces frontières, mais il est vrai que le cœur est là.

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ÉCONOMIE

AAAR  : En tant qu’association, quel est le modèle économique  ?

RF  : Sur un premier numéro, on n’est pas sur des échelles énormes ( 300 exemplaires ). On a donc lancé un crowdfunding pour le financer. Connaissant le réseau que nous avions, pour que ça fonctionne, on ne s’est pas lancé dans des sommes astronomiques ( environ 3000€ ). On avait donc une somme de départ qui nous permettait d’assurer avec certitude l’impression de la revue et la rémunération des intervenants qui s’engagent de manière plus matérielle. 70% de la somme récoltée est partie chez l’imprimeur. Ensuite il y a les sérigraphies. Donc pas mal de fournitures et de prestations à rémunérer. Et enfin il y a les événements et les 4 lancements qu’on a fait. Ça se finance et ça n’est pas rien. Il fallait assurer un bon départ pour la revue au niveau de sa diffusion et de sa médiatisation. Mais ça ne laissait rien pour les auteurs. Ils n’ont pas été rémunérés. Dans une démarche d’expansion, c’est un objectif, bien sûr. Et nous, forcément, on ne se rémunère pas non plus.

AAAR  : La revue est payante. Et vous vendez également des «  goodies  » en lien avec la revue.

RF  : Nous créons des objets annexes comme des sérigraphies d’artistes. Pourquoi on fait ça  ? Il est clair qu’on arrivera pas à dégager des marges pour la revue. Même si on arrive à augmenter notre échelle d’impression en passant à 500 ou 1000 exemplaires, ce sera toujours compliqué de dégager des marges qui permettent d’assurer la pérennité économique du projet. En fait, les totes bags et les sérigraphies ne coûtent pas très cher à produire. On arrive à écraser les coûts en faisant les sérigraphies nous même. Et ça permet de dégager une marge de sécurité pour financer les revues d’après. Mais on est encore au stade préliminaire. Cela dit, c’est plutôt concluant. Donc on poursuit dans cette voie là.
AAAR  : D’autres pistes comme des subventions publiques ou des partenaires privés sont-elles envisagées  ?

RF  : Les deux sont envisagées. Je ne sais pas trop si on peut en parler, ne sachant pas si ça va aboutir… Mais il est vrai que la région n’offre pas pléthore de possibilités de subvention. Les financements privés peuvent également faire partie des objectifs, via des amateurs ou des collectionneurs d’art avec qui nous sommes en contact. Mais je ne peux pas trop m’avancer. L’avantage de la subvention nous permettrait d’être dans un scénario où on assurerait l’impression et où on pourrait dédommager les auteurs. On est dans un objectif égalitaire et juste pour tout le monde.

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MODALITES DE REDACTION

AAAR  : Comment peut-on contribuer à la revue  ?

RF  : Sur le site web de l’association, on invite ceux qui le veulent à participer au numéro qui est en cours de création. Tu peux télécharger l’appel à contribution qui résume les enjeux du numéro 2. L’idée est alors d’envoyer une note d’intention de 400 signes. En ce moment, on en feuillette pas mal. Le principe de la note d’intention n’est pas nouveau, mais pour nous, il évite d’avoir des personnes qui se lancent dans l’écriture d’un texte assez conséquent sans qu’on ne soit sur la même longueur d’onde. Tout le monde est susceptible de contribuer, mais il est vrai que nous démarchons aussi certaines personnes. La revue est encore jeune, et nous avons besoin de nous faire un nom. Démarcher des profils qu’on aimerait recruter nous permet également d’être extrêmement cohérent vis-à-vis de notre ligne éditoriale.

AAAR  : Quels types de profils contribuent  ? Il me semble qu’il s’agit plus de jeunes professionnels des arts que de créateurs.

RF  : C’est le cas la plupart du temps. Par exemple, on a Justine Balibar qui est doctorante en philosophie esthétique. Pierre Giquel, lui, est critique d’art et auteur. Alice Bonnissent est une jeune diplômée d’un cursus spécialisé dans l’édition à Rennes. On a des contributeurs qui sont dans le milieu de l’édition culturelle. D’autres sont des médiateurs, des rédacteurs ou des commissaires d’exposition. Je pense à Doriane Spiteri et à Maëlys Moreau qui sortent d’un cursus «  Métiers et arts de l’exposition  ». Typiquement, ça forme des commissaires d’exposition, donc des personnes qui savent rédiger et appréhender le travail d’un artiste. En fait, il n’y a qu’un seul article écrit par une artiste, Élodie Bremaud, qui aborde le travail artistique qu’elle mène. C’est un objet peu conventionnel car les artistes parlent rarement de leur travail, et préfèrent généralement faire appel à quelqu’un d’autre. Quand on envisage un objet éditorial, on pense à l’artiste ou au courant qui fera sujet, et à la personne qui sera la plus à même de rédiger l’article. On fait toujours des paires. Ça se passe en deux temps.

PERSPECTIVES FUTURES
AAAR  : Quelles sont les perspectives de la revue  ?

RF  : Le numéro 2 abordera les frontières. Pas nécessairement les frontières d’un pays. La thématique est assez brûlante. Sortant d’un numéro sur «  La Montagne  » qui étai appréhendée de manière assez plastique, la frontière est une notion plus abstraite. Les profils qui devraient apparaître, des docteurs en géographie, des théoriciens, sont un peu plus chevronnés sur ces thématiques de paysage et de territoire. Donc on essaie d’aller toujours plus loin dans ces thématiques en faisant appel à des personnes qui les traitent de manière plus approfondie. On va étendre les points de vue.

AAAR  : On ne peut pas passer à côté des enjeux du numérique. Est-ce que la revue Faros a l’intention d’occuper ce territoire là  ?

RF  : Ça fait partie des enjeux. Il y a tellement de choses possibles à faire sur le numérique qu’on aurait l’impression de passer à côté de quelque chose si on ne faisait rien. Comme tu me la dis, en passant sur notre site web, tu dois sentir qu’on est sensible à cette problématique. Mais dans la configuration actuelle, on est peut-être pas assez nombreux au sein de l’association pour se permettre de lancer le projet. Le numéro 2 de la revue est en préparation et c’est déjà du boulot. Nous sommes en flux tendu tout le temps. Alors il faudrait plus de monde pour penser à un contenu éditorial qui soit propre au web. Il y aurait de la pertinence à créer une sorte de plate-forme qui regrouperait toutes les personnes qui abordent les thématiques du territoire dans le monde. Ça nous permettrait d’être plus large que ce qu’on fait aujourd’hui. Peut-être que l’élaboration d’un objet éditorial est plus rapide sur le web. Ou pas forcément aussi abouti que ce que tu peux faire sur le papier. Peut-être que ça ne serait même pas en lien avec Faros. C’est un champ qui reste totalement à explorer.

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Sommaire du numéro 1 de Faros – La Montagne

Le paysage évidemment… Charles Coturel par Pierre Giquel – L’invention de la montagne au 18e siècle par Justine Balibar – Les Ascensions de Werner Herzog par Alice Bonnissent – Diligence Planifiée, conversation entre Elodie Bremaud et Simon Thiou – Penser comme une Montagne par Doriane Spiteri – Le dernier dessin, Angélique Lecaille par Julie Portier – Entretien avec Arnaud Teicher par Romaric Fargetton – Les Relief(s) artificiels par Maëlys Moreau – Entretien avec David Picard par Carine Brosse et Sarah Hatziraptis – La géométrie renversée par Ilan Michel – Gordon Gordon et la montagne par Craig Thomson – Entretien avec Rémi Duprat par Lohengrin Papadato – Narcisse ne se reflète plus dans le visage de Goldmund, Gabrielle Decazes par Aloys Schwartz – Territoire saccadé, Françoise Vanneraud par Déborah Pottier – Les héritiers d’Hamelin par Laura Bottereau et Marine Fiquet – Les terres gelées d’Ismen Fulbert par Robin Garnier-Wenisch – Une balade avec Stéfan Tulépo