7 juillet 2021

Portrait Sandra Gaillardon – Heureux hasards / par Élodie Bernard

Verres, bois, végétaux, tissus et autres matériaux composites sont la base du travail de Sandra Gaillardon. Des éléments qu’elle observe, collecte et conserve pour leurs qualités physiques, leurs couleurs ou encore leurs formes. L’observation attentive de ces éléments est le point de départ des assemblages et des sculptures éphémères, qui, le temps d’un instant, transforment l’espace dans lequel elles s’érigent, en un possible tableau. Une observation attentive qui favorise un terrain de rencontre où se croisent son quotidien, les circonstances et le champ brut des matériaux qui l’entourent.

Spin – Sandra Gaillardon

Un cercle de verre est placé devant un rectangle en verre également et aux bords polis. Le tout, dressé en équilibre sur un court tasseau de chêne. Un détail attire notre regard et nous donne envie de nous approcher de cette sculpture toute en transparence. Du sommet du rectangle, s’étire une fine ligne blanche de façon verticale. Discrète. Un extrait de tissage de fibre de verre, qui n’est pas sans évoquer le dessin d’une colonne vertébrale, déposée sur l’arête du rectangle. Comme pour apporter de la vie dans cette forme très minimale. Spin, (2021) est le résultat de cette observation attentive des formes, l’observation d’une rotation des éléments. Ce geste, Sandra Gaillardon le décrit, c’est celui de faire dialoguer les formes, de trouver l’équilibre des masses. « Parfois, un seul geste suffit », souligne-t-elle. Ses œuvres, toujours en mouvement, questionnent les temporalités de la vie de l’œuvre, mais aussi et surtout les différents états émotionnels qui nous habitent.

Phacelie, inertie – Sandra Gaillardon

À l’image de Phacelie, inertie (2020), une colonne de bois empruntant l’esthétique des colonnes antiques, une lame de verre, imbriquée dans la colonne tout juste incisée sur laquelle vient délicatement s’apposer une phacélie. La forme ondulatoire de la plante contraste avec la rigidité de la colonne dressée. La légèreté face au poids du bois. Une sculpture toute en retenue, qui joue avec les opposés et nous remémore les choix, les flux, les inconstances qui nous traversent. Les moments d’entre deux, comme des temps d’arrêts souvent marqués par la suspension. Un bouleversement possible, d’un sentiment à un autre. D’un état de l’œuvre à un autre, entre ce qui va rester et ce qui va faner.

Last fardeau – Sandra Gaillardon

Faner pour mieux renaître – c’est peut-être là toute la symbolique qui ressort avec Last Fardeau, (2021) au titre évocateur. Il s’agit d’un assemblage d’une feuille de bois de hêtre qui git sur un tasseau, moins noble, de MDF peint en rose. À son extrémité, l‘artificialité et la transparence du polypropylène s’oppose à la délicatesse et la beauté d’une branche de cerisier du japon en fleurs. Cette branche, dérobée dans la rosée du matin a quelque chose de magique à mes yeux. Les pétales encore perlant nous donne cette impression de larmes qui glissent le long d’une joue. Comme une émotion trop forte, impossible à contenir, qui apparaît pour celui ou celle qui prendrait le temps de la regarder. Un geste poétique, celui du regard, qui agite notre sensibilité parfois contradictoire.

De l’attente à l’action, de la beauté à la poésie en passant par la colère et la mélancolie, chaque œuvre nous raconte une histoire que l’on peut alors appréhender comme un fragment d’autoportrait. Tous les assemblages sont marqués par la force d’une émotion aussi pudique soit-elle. Ils mêlent le minéral et l’organique, l’éphémère et l’incontrôlable dans des associations éphémères que Sandra Gaillardon qualifie d’« heureux hasards ».

Élodie Bernard


Biographie

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Sandra Gaillardon, 1987

Vit et travaille à Orléans et Clermont-Ferrand, France

Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art de Clermont Métropole. Sandra Gaillardon interroge notre rapport à la perception de l’espace et du repli sur soi que cela impose. Le mouvement et l’équilibre, générés par la diversité des matériaux utilisés se soumettent à une temporalité. Ses recherches prennent la forme d’installations et compositions scénographiques. C’est en déviant d’une sérendipité que s’harmonisent les volumes. L’installation parfois instable et éphémère, comme pour dupliquer le réel, retient une entité dans son essence.»