8 juin 2016

Jeunes pousses, créations ou créativités

Une fois n’est pas coutume, nous abordons au sein de cet article la non-création d’un lieu dédié à la création.

En tant qu’acteur culturel, nous avions beaucoup entendu parlerdu « pôle des arts » qui devait voir le jour dans la ville de Tours. Cette dynamique s’inscrivait dans le mouvement des structurations ou re-structurations de grands équipements culturels à l’échelle régionale.

Sur le site Internet de la communauté d’agglomération de Tours plus, nous pouvons lire dans cet article, intitulé « Mame, quartier de la création » : «  
Entre la Loire et le secteur sauvegardé, à Tours, le site industriel dans l’ancienne imprimerie Mame achève sa transformation en quartier de la création. (…) L’architecte Franklin Azzi, assisté de Pierre-Antoine  Gatier,  architecte  en  chef  aux monuments historiques, a été choisi pour valoriser le site et en faire un pôle des Arts ouvert sur la ville. Les travaux de cette réhabilitation très qualitative sont en cours. » « Pôle des arts », « quartier de la création » sont des mots forts qui évoquent pour le coup une politique culturelle ambitieuse. Mais nous lisons plus loin « Les ateliers sous sheds qui accueillent provisoirement les ateliers de transition professionnels Michelin,  sont en cours de commercialisation pour recevoir des entreprises créatives et des startups, ainsi que le Funlab de Tours. »

En rachetant le site Mame, Tour(s)plus prévoyait d’installer un Pôle des arts graphiques qui aurait permis de réunir l‘école des Beaux-Arts, l’UFR histoire de l’art et même l’école Brassart.

À la recherche des motivations de changements de cap pour un lieu devant être dédié à la création artistique qui s’emploie à servir la « création » économique, un article de la Nouvelle République, daté de septembre 2014, nous donne des indices… économiques. La création d’un Pôle des arts graphiques aurait nécessité un « financement public important« . Valérie Sécheret, directrice du développement économique à Tour(s)plus indique que Tour(s)plus « ne l’aurait pas trouvé ». « Ainsi, seule l’école des Beaux-Arts de Tours (Esbat), « chassée » du centre-ville pour implanter le Centre de création contemporaine (CCC) Olivier-Debré, est finalement retenue dans le projet. »

Dans un article de Xavier Renard pour le journal La Croix, daté de 2012, les ambitions initiales sont ainsi exposées : « L’agglomération Tours Plus a racheté cette friche avec pour dessein d’y installer un ambitieux pôle des arts graphiques avec des logements et des commerces. Il regrouperait l’École supérieure des beaux-arts, le département histoire de l’art de l’université, une école d’arts graphiques, un master 2 architecture et urbanisme durable en partenariat avec l’École nationale supérieure d’architecture de Versailles, les étudiants en art-thérapie et une maison de l’image dédiée au cinéma. »

Le site acheté pour la création a dérivé pour se consacrer à l’innovation et soutenir les startup derrière ce slogan : « Tous unis pour la croissance de nos startups » au sein de ToursTech, candidat avec Orléans au label French Tech sous l’intitulé « French Tech Loire Valley« . Hors, cette candidature a été écartée.

L’inauguration conjointe ce vendredi 10 juin des « lieux totems » de la French Tech Loire Valley, qui n’a donc de French Tech que le nom (sans le label) : le lab’O à Orléans et le site Mame à Tours, vise donc à faire « comme si » le label était possédé.

Les chiffres reviennent alors dans la balance, selon cet article : « le Val de Loire espère obtenir le soutien de l’Etat » (…) [en attendant] « les deux agglomérations et la région se préparent à faire sans le soutien de l’Etat et poursuivent le processus de création d’un fonds de soutien à l’investissement en collaboration avec le conseil régional. Doté de 20 millions d’euros (6 millions apportés à parts égales par les collectivités et 14 autres par le privé), il est déjà financé aux trois quarts, et notamment par de grandes entreprises. » Comme dit plus haut, la création d’un Pôle des arts graphiques aurait nécessité un « financement public important« , à hauteur de 6 millions ?

Il est vrai que selon la définition de la « French Tech » les Startups sont : « Une start-up est une jeune entreprise avec une ambition mondiale à la recherche d’un modèle économique qui lui assurera une croissance forte et rapide,  ou une entreprise qui a grandi avec un tel modèle. Les start-up accélèrent l’innovation dans tous les secteurs d’activité ; leur valeur repose toute ou partie sur le numérique comme dans les technologies de la santé (medtech), les technologies vertes (cleantech),  les biotechnologies (biotech), la finance (fintech) ou encore dans les entreprises industrielles. Parce qu’elles prennent des risques en explorant de nouveaux produits ou services, celles qui réussissent deviennent très rapidement des entreprises internationales de plusieurs centaines voire milliers de collaborateurs. »

Au passage, en regardant la composition de l’équipe French Tech (inscrite au sein du Ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique et fondée par la Direction générale des entreprises,  la Direction générale du Trésor du Ministère de l’Economie et des Finances, le Ministère des Affaires Etrangères, la Caisse des Dépôts, Bpifrance, Business France) nous notons la proportion significative de 5 communicants pour 4 responsables techniques.

Au sujet des Startups, nous trouvons sur Internet des définitions plus nuancées. Pour Wikipédia : « La startup (ou jeune pousse) est une jeune entreprise innovante à fort potentiel de croissance qui fait souvent l’objet de levées de fonds. On parle également de startup pour une entreprise en construction qui n’est pas encore lancée sur le marché commercial (ou seulement à titre expérimental). Elle est en phase plus ou moins longue de développement d’un produit, de test d’une idée, de validation d’une technologie ou d’un modèle économique. Le risque d’échec est supérieur à celui des entreprises traditionnelles du fait des petites tailles et du manque de visibilité de ces structures. »

Pour conclure provisoirement, cette mise en concurrence de la « créativité économique » avec « l’économie de la création » rejoint pour nous des enjeux présents dans la promotion, souvent obscure, de « l’économie créative » ou de la question épineuse de la recherche en école d’art.