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4160

dans : 2014

4160, 2014, vidéo-installation en splitscreen S16 mm, sonore, 35,40 min.  projection de 8x2,60 m, musique de Mathieu Gaborit  Résidence Villa Médicis, Co-production Fondazione MAXXI, Collections du museo MAXXI
4160, 2014, vidéo-installation en splitscreen S16 mm, sonore, 35,40′
projection de 8×2,60 m, musique de Mathieu Gaborit
Résidence Villa Médicis, Co-production Fondazione MAXXI, Collections du museo MAXXI

 

 

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Comme Ulysse dans l’Odyssée, je n’en finis pas de ne jamais revenir …

Le film montre ces moments de travail en atelier avec mes deux enfants, des
moments imprécis, des scènes jouées qui petit à petit empruntent le chemin d’un voyage psychologique, d’un dialogue avec ce que révèlent les objets d’Aïcha, ma grand-mère,: un foulard, un coussin et un livre d’arabe, deviennent alors les attributs de séances de portrait et l’objet d’un échange sensible sur les représentations post coloniales évoquées ; la question de la langue et de la frontière deviennent des motifs de répétitions enfantines qui interagissent sur la fabrication du film, sur le montage, sur le synopsis même. 4160 est en ce sens un film dont la matière emprunte parfois à la mythologie pour restituer à l’histoire ce que les Grecs ne savaient pas des limites du monde connu, de la Méditerranée, de ce qui est devenu aujourd’hui l’objet et le lieu de nos conflits migratoires.

C’est ainsi que dans l’autre partie du film – le retour au Maroc – le mythe d’Hercule au jardin des Hespérides y est cité dans une relecture de l’histoire comme « un outil de (re)conquête de l’Afrique ». La question de la cartographie, du déplacement, des flux migratoires et de la séparation des continents est ici la métaphore d’un combat intime (on dit qu’Hercule sépara le détroit de Gibraltar d’un coup d’épée). Filmer mes déplacements pour retrouver la maison de ma grand-mère était un moyen d’évoquer ces relations du corps au territoire et la nécessité, dans mon travail, de produire un langage puissant face aux conflits environnementaux et migratoires que nous connaissons. » (…)

Le projet qu’il a réalisé à la Villa Médicis est directement articulé aux questions posées par la double culture, prenant pour horizon le pays de son père, le Maroc, et la conscience, la représentation, l’imaginaire, que ce pays peut avoir chez ses enfants, lui-même faisant figure de passeur, par le truchement de la figure d’Hercule auquel il s’identifie, le temps de son voyage au Maroc, « jardin des Hespérides » d’où il se doit de rapporter des fruits d’or. Deux réalités sont confrontées, à la fois jointes et séparées, celle du voyage au Maroc et celle d’un autre voyage, imaginaire et prenant corps en autant de petits rituels, danses, écritures, pliages, que les deux enfants effectuent avec les quelques objets ayant appartenu à Aïcha, la grand-mère marocaine de leur père, tout cela dans l’espace de l’atelier de la Villa Médicis, devenu pour un temps, « La chambre marocaine ». Il en résulte une série de photographies portant ce titre, mais également un film (34 min, super 16 mm), sonorisé par Mathieu Gaborit. Présenté comme un diptyque, ce film privilégie des séquences longues introduisant une dimension d’image fixe au cœur de l’image en mouvement. Malik Nejmi interroge de la sorte la présence du matériau photographique au cœur du matériau filmique, mais aussi les relations du corps au territoire, la place de la gestualité dans l’appréhension d’une culture ou encore les relations du mythe au récit personnel. »

Carole HALIMI, 2014
Maitre de conférences en histoire de l’art contemporain, (UPEM)