Du 09 au 15 Nov 2017

PRYER. TOWER. WATER. PRYERS.

18 Cher

Organisé par :

Bandits-Mages

Adresse :

Place Séraucourt 18000 - Bourges

Plus d'infos

Un projet collaboratif et multi-médias avec la participation des étudiant·es de la HEAR de Strasbourg, un protocole de travail en amont, en revisitant une œuvre vidéographique de Vito Acconci, Pryings, proposé par PEZCORP.

PEZCORP est un groupe d’artistes renard·es qui se pose les questions de l’archive, de la survivance, de la fausse obsolescence et de la réanimation. Il est issu du groupe Hors Format(*), formé par une génération baignée dans les technologies et leurs usages multiples.

PRYER. TOWER. WATER. PRYERS.

En 2011, suite à l’invitation du ZKM, PEZCORP s’était interrogé sur la pérennité dans l’ère du numérique des œuvres, de leurs formes, de leurs processus et de leurs fictions. Le programme du ZKM, Digital Art Conservation, était une entreprise de validation d’un déblocage de fonds et de techniques pour “sauvegarder” un corpus d’œuvres technologiquement obsolètes.

PEZCORP, lors d’un symposium traitant de la question, a pris le parti de penser la conservation comme le faisait le héraut, comme un héritage d’une tradition de la transmission orale, dans laquelle la conservation des œuvres fait sens par leur narration, leur réécriture, voire leur transformation / fusion dans une autre œuvre.

En répondant à l’invitation de Bandits-Mages, à l’occasion d’un prêt d’œuvres vidéographiques issues du fonds du Centre Georges Pompidou, le collectif PEZCORP, investit l’espace du Château d’Eau de la ville de Bourges, en proposant un projet collaboratif et multi-médias avec la participation des étudiants de la HEAR de Strasbourg. Une interface collective renouvelée, dans laquelle les jeunes artistes et les étudiant·es en art forment un groupe éphémère de recherche et de création communes.

PEZCORP pense un protocole de travail en amont, en revisitant une œuvre vidéographique de Vito Acconci, Pryings. Une fiction commune s’élabore dans laquelle le collectif s’empare de problématiques relatives au contexte architectural du Château d’Eau, à la notion d’avatar et à notre droit à l’image, au partage et à la rétention d’informations, ainsi qu’aux limites de la mise en libre circulation d’une œuvre vidéographique, pour proposer enfin un temps de création commune d’images mise en réseau, tel un flux canalisable, déjouable ou détournable.

LE CHOIX DE PRYINGS DE VITO ACCONCI

“To pry” : enquire too inquisitively into a person’s private affairs…

C’est le regard qui s’infiltre, qui insiste, qui creuse. Cette idée du furetage, d’une curiosité qui repousse les limites, nous permet de faire le lien entre l’idée de ren@rdage lancée par Bandits-Mages pour appréhender le fonds vidéo mis à disposition par le Centre Pompidou, sur la base d’un texte de Paul B. Preciado, Cartographies ren@rdes.

PEZCORP, intégrant la team « PRYERS » formée pour l’occasion, se propose de questionner le regard, le ou la regardeu/r-se et le ou la regardé·e. Le Château d’Eau du Hall Noir devient le point de rencontre entre un flux d’archives, d’artistes et de spectateurs ou spectatrices. Un espace de regards qui se croisent et s’appréhendent depuis plusieurs modes et temporalités. Les « PRYERS » seront des agents pour démêler les regards, infiltrer les modes, brouiller les temporalités.

Pryings est notre point d’entrée dans le champ de l’art archivé, des images dont la pérennité est assurée, qui hantent les images en train de se faire et que l’on viendra hanter à notre tour.

Pryings nous parle des courants contraires, des flux paradoxaux, des mouvements de l’image et de son existence réelle. Existe-t-elle sans le regard du spectateur ? Sans le regard de la caméra ? Existe-elle encore aujourd’hui, en 2017 ?

Pryings est un fantôme pris au piège, une boucle buguée de nos postures d’artistes modernes, une particule de poussière coincée entre l’objectif froid de la machine et la cornée vivante de notre œil.

Pryings renvoie aux rapports de force qui existent entre l’objet regardé et celui qui regarde, à l’emprise du regard et à sa source, au contrôle de l’artiste sur le corps défendant du spectateur. C’est une vidéo action, qui montre en temps réel les efforts du geste, sa violence et son échec. De notre point de vue s’opère une relation équivoque entre la caméra et le regard aveugle de Kathy Dillon, au-delà du rapport femme/homme symbolisé par un violent corps-à-corps, la caméra est l’œil intermédiaire, le témoin intrusif de cette prise de pouvoir.

Alors nous allons zoomer, rentrer à l’intérieur même de l’organisme, plonger à une échelle macro/microscopique pour se frotter au flux, aux bâtonnets de lumière, aux cellules sensibles de ce qu’on appelle vision. Le Château d’Eau sera notre dispositif d’exploration, nous allons pénétrer comme des petites particules au sein de la matière, le Château d’Eau tout entier deviendra une machine organique, capable de fabriquer les signaux lumineux, de driver les flux, de construire l’image.

Il y aura des fuites, des infiltrations, des barrages, mais aussi une cascade de câbles, un réseau de signaux vivants, une production multisensorielle de déformation de flux, de filtres et de remous.

Aujourd’hui, nous souhaitons traiter l’image comme un utilisateur traite ses données sur la toile. Une image renvoie à une autre, à tout un rhizome d’images calculées, analogues et filtrées par la machine, sous forme numérique, de calcul de pixels, d’agencement de codes couleur.

Le spectateur est récepteur, la spectatrice est réceptrice du flux qu’elle-même ou lui-même produit, elle ou il détourne à l’aveugle, ou en pleine conscience, l’orientation et la valeur des informations. Elle ou il est, de par le dispositif fluctuant et performatif, invité·e à prendre une place remise sans cesse en mouvement dans les interactions qui lui seront proposées, qu’elle ou il choisisse de suivre des yeux la trajectoire des images, ou d’engager physiquement son corps dans l’espace d’exposition et ses interstices habités. Elle ou il pourra être emporté·e par le flux du “devenir Pryer”.

DISPOSITIF & ACTIONS

Les « PRYERS » sont présents dans trois lieux du Château d’Eau :

Le réservoir

L’espace du flux contemporain. Les « PRYERS » y ont élu domicile. C’est leur espace de formulation, il leur appartient, en retrait, loin des regards. C’est là où les choses se génèrent et se font, mais ne sont pas données à la vue, du moins pas directement, il faudra lancer le flux dans les tuyauteries pour que le spectateur puisse y accéder. Espace de travail dans le réservoir, inaccessible aux spectateurs ou spectatrices.
Lieu de production, atelier, espace de tournage et de performance. Peut être rendu visible par retransmission sonore, vidéo ou streaming.

La pompe

Dans l’œil du château, le croisement des canaux, le passage des canalisations. Dispositif sas pour les « PRYERS », point de jonction avec l’espace spectatoriel. Conçu pour cette cohabitation, il permet de filtrer les captations en direct des actions du réservoir.
Installation permanente dans le hall de l’escalier montant au réservoir, espace de retransmission audiovisuelle du flux venant du réservoir.

L’élévation

L’espace du flux passé : le renfort, le socle et la mise en vertige. Le réservoir s’appuie sur les archives des flux passés. L’élévation agit comme un pôle d’aspiration du flux spectatoriel. Les « PRYERS » y seront en repérage, en terrain hostile et y infiltreront des bribes de leur flux : des stations mobiles de relevage, de prélèvement ou de pistage, pour tenter de comprendre ce milieu. Appréhender la “mediaartocene” finissante dans son équilibre avec le risque d’être une menace, voire de la mettre en péril.
Installation et actions temporaires / mobiles, proposées dans l’espace d’exposition, mises en rapport avec les œuvres proposées et en lien avec la fiction des « PRYERS ». Mises en abîmes sur le grand écran à double projection. Des flux vidéo irriguent parfois en replay (gifs animés, images détournées, mèmes). La vidéo fait espace. L’espace est pris en otage par les images retraitées des flux passés / sédiments, qui font installation.