6 septembre 2017

Les réseaux territoriaux d’art contemporain en France en 2016

Journée du 24 novembre 2016

Les réseaux territoriaux d’art contemporain : des outils au service des professionnels, des usagers et des territoires

Intitulée « Les réseaux territoriaux d’art contemporain : des outils au service des professionnels, des usagers et des territoires », la première journée a porté sur les pratiques des réseaux, notamment les pratiques d’échange, de collaboration et de mutualisation. Avec pour titre « Les réseaux territoriaux : pour la structuration de la filière art contemporain ».

Journée du 25 novembre 2016

Les réseaux territoriaux : pour la structuration de la filière art contemporain

La seconde journée a interrogé de manière plus politique les outils pouvant favoriser la structuration du secteur des arts visuels, tels que le Schéma d’orientation et de développement pour les arts visuels (SODAVI).

Ces deux journées de rencontres, initiées par a.c.b – art contemporain en Bretagne et organisées en partenariat avec le CIPAC – Fédération des professionnels de l’art contemporain, s’inscrivent au cœur de deux mouvements parallèles : celui de la multiplication des réseaux territoriaux d’art contemporain et celui de la modification du paysage territorial et politique, avec la promulgation de la loi MAPTAM en 2014 (Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles), de la loi NOTRe en 2015 (Nouvelle Organisation Territoriale de la République), de la Loi LCAP en 2016 (loi relative à la Liberté de la Création, à l’Architecture et au Patrimoine) et de la reconfiguration des régions.

La situation a grandement évolué depuis les dernières rencontres des réseaux organisées en 2011 en Alsace par Trans Rhein Art et 50° nord, et il a donc semblé nécessaire de s’attarder sur les nouvelles dynamiques et sur les nouvelles pratiques qui naissent dans les différents territoires.

Ces deux journées ont été organisées autour de l’alternance de présentations, de tables rondes et d’ateliers professionnels. Les échanges et le partage d’expériences ont ainsi formé le cœur des débats, afin de contribuer à la mise en œuvre d’une réflexion collective sur les évolutions que connaissent aujourd’hui les réseaux de territoire, tant au niveau local que national.


Présentation d’un panorama des réseaux territoriaux d’art contemporain en France —

Alexandra Aylmer (coordinatrice d’a.c.b)
et Lucie Orbie (secrétaire générale de 50° nord)

Les deuxièmes rencontres nationales des réseaux, organisées en Alsace en 2011, avaient abouti à la rédaction d’un premier état des lieux, intitulé Les Réseaux territoriaux dans le champ des arts plastiques et visuels en France. Celui-ci s’appuyait alors sur les échanges menés pendant ces rencontres ainsi que sur les résultats d’un questionnaire commun, auquel quatorze réseaux territoriaux avaient répondu. Le panorama des réseaux territoriaux de l’art contemporain en France présenté par Alexandra Aylmer et Lucie Orbie constitue une version actualisée de cette première vue d’ensemble. Comme en 2011, il repose lui aussi sur les réponses à un questionnaire envoyé avant l’été 2016 (conçu sur la base de celui de 2011), rempli par dix-sept réseaux territoriaux. Ce nouveau panorama s’applique à mettre en avant les continuités et les ruptures dans les rôles, les missions, les fonctionnements et les enjeux des réseaux territoriaux, tout autant qu’il permet d’en apprécier la croissance durant ces cinq dernières années. Dans le même temps, il participe d’une meilleure compréhension du secteur des arts visuels aujourd’hui en France.

  1. Vers un maillage complet du territoire métropolitain

Lors de cette étude, dix-neuf réseaux territoriaux ont été identifiés, qu’il s’agisse de réseaux structurés ou de portails de communication, qui peuvent être amenés à se structurer à l’avenir. Sont ici pris en compte les réseaux constitués de structures et d’entités situées au sein d’un même territoire, et qui sont de différents types. Les réseaux sectoriels (qui ne prennent en compte qu’une seule typologie de structures) et les fédérations nationales en sont ainsi exclus.

Il est à noter que trois réseaux n’avaient pas été identifiés dans le précédent panorama alors qu’ils existaient déjà :

  • Cartel (Poitou-Charentes)
  • RN13 bis (qui concerne les ex-régions Basse- Normandie et Haute-Normandie)
  • Seize Mille (Bourgogne Franche-Comté), qui fait suite au réseau BRAC (Besançon Réseau Art Contemporain) fondé en 2011, dont il élargit le territoire en 2014.

Si l’on compare en revanche la carte actuelle des réseaux en France avec celle de 2011, on s’aperçoit de la création de six nouvelles entités :

  • LoRA (Lorraine Art Contemporain) en 2013
  • Air de Midi (région Occitanie) en 2013
  • AC//RA (Auvergne Rhône-Alpes) en 2013
  • le Pôle arts visuels Pays de la Loire en 2015
  • Fusée (Aquitaine) en 2015
  • Bulles (Champagne-Ardenne) nouvellement constitué en septembre 2016.

En marge de la création de ces six nouveaux réseaux, de nouveaux territoires ont été intégrés au sein de réseaux existants (50° nord a ainsi inclus les structures de l’ancienne région Picardie, Air de Midi a fait de même avec celles du Languedoc-Roussillon, Seize Mille a intégré celles de l’ancienne région Bourgogne). Alors qu’en 2011 la Picardie, les Pays de la Loire, le Languedoc-Roussillon, l’Auvergne, la Bourgogne, la Champagne-Ardenne et la Lorraine ne possédaient pas leur propre réseau, c’est désormais l’intégralité du territoire métropolitain qui est couvert. Ne restent aujourd’hui que la Corse et les DOM-TOM à ne figurer dans aucun réseau territorial.

En 2016, 76,5 % des réseaux concernent des territoires régionaux, ou correspondant aux anciens territoires régionaux, avant la loi NOTRe de 2015. Trois réseaux (11,8 %) sont des réseaux d’agglomération (Marseille, Lyon et Toulouse). On note également la présence d’un réseau transfrontalier, 50° nord, sur le territoire des Hauts-de-France, de la Wallonie et de Bruxelles. En n, le réseau BOTOX(S) est le seul qui ne couvre pas un territoire administratif, puisqu’il s’étend dans l’agglomération de Nice, dans les Alpes et la Riviera (de Mouans-Sartoux à Monaco, en passant par Embrun). Depuis 2011, l’échelon départemental représenté par le Réseau d’Échange Départemental pour l’Art Contemporain de Haute-Savoie, qui avait la particularité d’être piloté par le conseil général, a par ailleurs totalement disparu.

2. Composition des réseaux et catégories de membres

Concernant la composition des réseaux, celle-ci tend à s’homogénéiser. En effet, alors qu’en 2011 le réseau Trans Rhein Art en Alsace (devenu depuis Versant Est) était porté par une agence culturelle et que le réseau de Haute-Savoie l’était par une collectivité territoriale, tous les réseaux sont aujourd’hui constitués en associations. On constate également que les regroupements informels de structures ou d’acteurs ont presque totalement disparu. La composition des adhérents des réseaux est elle aussi similaire, quel que soit le territoire apprécié, et inclut des centres d’art, des galeries publiques, des musées, des artists run spaces, des écoles supérieures d’art et des structures associatives. Pour quinze d’entre eux (sur dix-sept réponses reçues) un ou plusieurs FRAC appartiennent au réseau, et sept réseaux intègrent des fondations. Selon les projets portés par les uns et les autres, onze réseaux admettent aussi d’autres types de structures : des éditeurs, des équipements culturels, des bibliothèques, des archives, etc.

L’un des grands changements concerne l’ouverture des réseaux aux galeries privées à vocation commerciale. En 2011, le statut des réseaux (constitués en associations à but non lucratif) et l’obtention de financements publics semblaient incompatibles avec la vocation commerciale des galeries. Onze réseaux accueillent désormais parmi leurs adhérents des galeries privées.

On peut signaler, pour trois réseaux, l’ouverture des adhésions aux personnes physiques, à des degrés divers. Le réseau BOTOX(S) compte ainsi dans ses membres des personnes physiques, mais il s’agit de visiteurs à leurs parcours d’art contemporain, dont l’adhésion est justifiée par des questions d’assurances. Selon ses statuts, le réseau LoRA offre la possibilité aux personnes physiques de l’intégrer, même si actuellement il n’en accueille aucune. Le Pôle arts visuels Pays de la Loire a, lui, d’emblée pris en compte l’ensemble des acteurs de la filière des arts visuels, en comptant aussi bien les artistes, les commissaires d’exposition, les critiques d’art, les salariés des structures, et fait figure de réseau pionnier en la matière. Sept autres réseaux ont à l’étude, à plus ou moins longs termes, l’inclusion de personnes physiques parmi leurs membres.

Suivant les réseaux et les statuts qui les régissent, différentes catégories de membres coexistent : les membres actifs adhérents (formant pour quatre réseaux l’unique catégorie de membres) qui doivent s’investir dans l’association, les membres de droit (la plupart du temps, les collectivités territoriales et l’État) qui peuvent avoir un droit de vote ou non selon les réseaux, les membres fondateurs, les membres bienfaiteurs qui font des dons ou paient des cotisations plus importantes, les membres d’honneur, les membres amis, et les membres associés. Ces derniers sont le plus souvent des membres qui n’ont pas de pouvoir de vote, qui ne siègent pas au conseil d’administration, mais qui font partie du paysage régional ou territorial et figurent sur les outils de communication du réseau. La question de l’intégration de nouveaux membres dans la catégorie des membres actifs reste problématique, notamment dans le cas des structures qui ont une activité régulière sur le territoire mais qui sont parfois des structures très fragiles, émergentes, sans budget délégué, ni salarié : comment les faire entrer dans le réseau afin de représenter au mieux le paysage des arts visuels sur le territoire ?

Concernant les critères d’éligibilité et d’engagement définis pour intégrer le réseau – et à l’exception du Pôle arts visuels Pays de la Loire –, on distingue quatre critères récurrents : la durée et la pérennité du projet (que la structure ait deux ou trois ans d’existence pour se porter candidate), la situation géographique (être situé dans le territoire couvert par le réseau), être une personne de droit moral, public ou privé, et être une structure professionnelle avec une activité régulière. On identifie également d’autres critères : la qualité du projet artistique, le travail de médiation en direction des publics (si la structure en accueille), la présence d’une direction artistique, l’engagement du membre à désigner un représentant pour le réseau, et enfin l’accueil des artistes dans des conditions respectueuses et professionnelles.

Afin de régir les adhésions et le fonctionnement, trois réseaux se sont dotés d’une charte d’adhésion (ou d’un règlement intérieur), et six y réfléchissent ou ont en projet d’en rédiger une. Alors qu’elle n’a pas nécessairement été pensée à la création du réseau, cette charte s’avère parfois nécessaire après plusieurs années de fonctionnement afin de garantir l’esprit collégial et le fonctionnement collaboratif au sein du réseau. L’existence d’une charte d’adhésion et de fonctionnement s’impose de plus en plus depuis 2011, notamment avec les changements induits par l’ouverture croissante des réseaux aux galeries privées à vocation commerciale, ainsi qu’à l’intégration – actuelle ou future – des personnes physiques.

3. Cotisations, moyens financiers et humains

L’adhésion au réseau induit automatiquement le règlement d’une cotisation annuelle. Deux politiques tarifaires sont actuellement à l’œuvre concernant les cotisations des membres : un seul montant pour tous, ou bien, pour la majorité des réseaux, un montant défini en fonction de plusieurs éléments qui varient selon les réseaux. La cotisation peut en effet être indexée sur les budgets de fonctionnement, les ressources du membre adhérent, la catégorie du membre ou encore sur sa masse salariale. On observe cependant une variation des montants entre 2011 et 2016, avec une augmentation du montant des cotisations les plus élevées (de 25 € à 866 € en 2011 ; de 25 € à 1 500 € en 2016). Ces cotisations représentent aujourd’hui entre 5 % et 30 % des ressources des réseaux.

Dans le panorama de 2011, les budgets annuels de fonctionnement des réseaux, hors valorisations, étaient compris entre 0 € et 190 000 € (0 € correspondant au réseau Strasbourg Art contemporain, en voie de création au moment de l’enquête de 2011 mais qui n’a entre-temps pas vu le jour). En 2016, les budgets restent très inégaux, entre 7 200 € et 275 000 €, avec des moyennes qui sont à peu près similaires en 2011 et 2016 (entre 40 000 € et 80 000 €). La répartition des budgets est quant à elle plutôt classique et se distribue ainsi : environ 50 % pour la masse salariale quand le réseau est employeur, 30 % pour les projets et environ 12 % pour le fonctionnement.

Leurs ressources proviennent majoritairement des subventions, à hauteur de 70 à 100 % (ce dernier pourcentage correspondant à deux réseaux qui se constituent davantage comme des portails de communication). Les principaux financeurs sont l’État (via les services déconcentrés des DRAC), les régions (notamment quand le réseau est régional, ce qui est majoritairement le cas), ainsi que d’autres partenaires publics en fonction des réseaux et de leur implantation territoriale. Les villes et les métropoles de Marseille, Lyon et Toulouse subventionnent leurs réseaux d’agglomération, mais d’autres grandes villes et métropoles peuvent aussi soutenir des réseaux régionaux (c’est le cas de Versant Est, soutenu par les villes de Strasbourg et Mulhouse, ou d’AC//RA qui reçoit des subventions des villes de Valence et de St-Étienne). Certains départements peuvent aussi soutenir les réseaux territoriaux : c’est le cas du Conseil Départemental du Finistère qui soutient historiquement a.c.b, du Conseil Départemental de Loire-Atlantique avec le Pôle arts visuels Pays de la Loire, ou encore du Conseil Départemental de la Moselle pour LoRA. La deuxième source de ressources provient des cotisations. La troisième source de revenus correspond aux ressources propres, peu élevées (à hauteur de 1 % à 10 % selon les réseaux), qui émanent de la vente de produits ou de prestations, de la billetterie quand le réseau met en place des événements publics, ou du don et du mécénat (pour deux réseaux seulement). La levée de fonds privés reste rare et ponctuelle.

Les ressources humaines sont, elles, peu élevées et là aussi inégales d’un réseau à l’autre, variant de zéro à trois salariés (pour trois réseaux). Treize réseaux territoriaux sont cependant employeurs. Ces emplois correspondent en priorité à des postes destinés à animer et à coordonner le réseau, qu’ils se nomment secrétaires généraux (Tram, 50° nord et le Pôle arts visuels Pays de la Loire) ou coordinateurs. Les éventuels postes supplémentaires concernent des activités plus spécifiques, telles que la communication, l’action culturelle et les relations avec les publics. Certains réseaux bénéficient à cet effet d’aides et de dispositifs de la région dans le cadre d’emplois associatifs à intérêt régional, mais ces aides ont une durée limitée dans le temps et certains réseaux n’autofinancent pas encore intégralement leur poste principal. Les postes supplémentaires sont donc souvent en contrat aidé ou en CDD, ce qui pose évidemment dans ces cas-là la question de la pérennité du réseau et de son action dans le temps et sur le long terme. On note aussi la très grande polyvalence demandée aux salariés des réseaux, qui est inhérente aux missions très larges couvertes par ceux-ci.

4. Changements dans les objectifs des réseaux territoriaux

À leur création, l’objectif principal des réseaux était de fournir plus de visibilité aux structures et de contribuer à la présence de l’art contemporain dans les territoires. Il s’agissait alors de mettre en commun dans le but de valoriser et de mettre en lumière les actions menées par les structures, ainsi que leur diversité et leur complémentarité. Les objectifs les plus cités désormais par les réseaux peuvent être divisés en trois grandes catégories.

La première concerne la culture du partage et de la contribution, et concerne la mutualisation d’informations, la promotion des membres, le partage des savoirs, la circulation et la sensibilisation des publics, ainsi que les partenariats avec d’autres secteurs d’activité comme le tourisme ou le monde de l’entreprise.

La seconde catégorie relève de la recherche d’une meilleure répartition et redistribution des moyens et des ressources, par le biais du renforcement des relations et de la solidarité entre les membres.

La dernière catégorie touche à l’engagement sectoriel et politique des structures et passe par le militantisme, la représentation auprès des pouvoirs publics, l’accompagnement des membres et enfin la structuration et l’organisation du secteur des arts visuels sur le territoire.

On observe un changement de vision dans le rôle que les réseaux se donnent, puisque de nombreux objectifs indiqués comme accessoires lors de l’enquête de 2011 apparaissent aujourd’hui comme prioritaires : l’action collective de lobbying, la solidarité entre les structures de différentes envergures, la mise en place d’actions concertées, la structuration du secteur des arts visuels, la professionnalisation et le développement de partenariats avec d’autres champs d’activité.

Accompagnant cette évolution notable, les réseaux ont commencé à organiser des groupes de travail et des journées de débats sur ces sujets, parmi lesquelles on peut citer les rencontres « Grand Est » sur les politiques culturelles programmées par LoRA, le séminaire « Créer/Résister » mis en œuvre par 50° nord, ou encore la journée d’étude « Expérimentation, crise, création. En temps de crise, où se situe l’art ? » organisée par Air de Midi le 15 janvier 2016.

5. Les actions menées par les réseaux

En 2011, le dénominateur commun entre les réseaux était la recherche d’une communication partagée, ce qui est toujours le cas. À l’exception de Fusée, les réseaux mettent en œuvre des actions de communication qui donnent à voir le réseau et ses membres, par le biais d’agendas trimestriels ou semestriels, d’un site internet, de lettres d’information, de plaquettes de présentation du réseau, de dossiers de presse et de voyages de presse communs. La deuxième grande action menée par les réseaux concerne la mise en place d’événements ayant pour objectif le croisement des publics. En effet, quatorze réseaux organisent des parcours pour faire circuler les publics, entre les membres et sur le territoire. Cela prend diverses formes, comme par exemple Les Échappées de CINQ,25, Les Visiteurs du soir de BOTOX(S), les Navettes de l’art de 50° nord, ou encore les TaxiTram du réseau Tram. D’autres types d’événements sur un temps resserré viennent compléter cette offre, comme les Opening Nights par Versant Est, les Samedis d’Adele à Lyon, le Printemps de l’Art Contemporain par Marseille Expos, et permettent de donner un coup de projecteur sur la création contemporaine. Chaque fois, les membres sont garants de la sélection artistique ; le réseau ne se substitue donc pas aux missions des membres programmateurs.

Trois réseaux soutiennent par ailleurs la création par la production (Tram avec notamment la Nuit blanche et ses coopérations avec l’Institut français, 50° nord avec Watch this space, BOTOX(S) avec Hors forme qui va se dérouler au cours de l’année 2017). Treize réseaux organisent également des journées d’informations professionnelles, des colloques ou des voyages d’étude et de prospection, contribuant ainsi à la formation et à la professionnalisation. Des actions se déploient aussi assez fréquemment dans le champ de l’éducation artistique et culturelle et de la médiation, mais il est à noter qu’a.c.b assure le portage administratif de l’unique pôle de ressources pour l’éducation artistique et culturelle en art contemporain. On remarque par ailleurs que la politique éditoriale des réseaux est quasiment absente en 2016, notamment dans le champ du débat critique (à l’exception de la revue annuelle Facettes lancée par 50 ° nord).

6. Vers une structuration du secteur des arts visuels

Dans le questionnaire qui leur a été envoyé, les dix-sept réseaux ont chacun répondu qu’ils se trouvaient au premier semestre 2016 dans une nouvelle phase, dans une phase de mutation et/ou dans une phase de structuration. Il s’agit pour certains de répondre et de s’adapter à une nouvelle région administrative, et pour les réseaux les plus récents d’envisager leur devenir et leur rôle dans le territoire. À l’heure actuelle, deux réseaux n’ont jamais réalisé d’étude ou de diagnostic du secteur des arts visuels sur leur territoire, alors que six réseaux sont en train de produire une étude sur le sujet. De plus, des études de préfiguration ont parfois été menées pour les réseaux les plus jeunes, comme avant la mise en place d’AC//RA et du Pôle arts visuels Pays de la Loire. Tram fournit quant à lui chaque année des données sur ses membres, tandis que des études ont été réalisées sur des problématiques spécifiques : sur les résidences d’artiste en 2015 par Marseille Expos, ou sur l’impact économique des centres d’art sur les artistes réalisée par Air de Midi. a.c.b vient quant à lui de publier son Panorama de l’art contemporain en Bretagne grâce aux données recueillies auprès de ses membres.

Plusieurs réseaux sont engagés dans des démarches de diagnostic ou de renforcement de la coopération avec les collectivités territoriales. Alors qu’en 2011 la représentativité auprès des pouvoirs publics n’était pas un objectif partagé par tous les réseaux, leur action est aujourd’hui davantage militante et ils cherchent à être perçus comme les représentants du secteur des arts visuels sur leur territoire. À ce jour, huit réseaux travaillent à différentes échelles pour devenir un interlocuteur privilégié des décideurs publics. Pour y parvenir, certains réseaux se sont rapprochés des élus de leurs territoires afin d’entamer des discussions, notamment par la publication d’indicateurs chiffrés. D’autres proposent leur expertise, tandis que certains réseaux sont membres des comités régionaux de pilotage, œuvrant ainsi au travail de concertation autour de l’art et de la culture.

Enfin, certains réseaux se sont engagés dans la coordination d’un SODAVI (Schéma d’orientation pour le développement des arts visuels), qui vise à définir une approche globale et à structurer la filière des arts visuels. Dix réseaux portent actuellement un SODAVI, ou bien envisagent d’en porter un, bien que tous n’en soient pas au même stade. LoRA, Versant Est et Bulles sont en attente d’une demande de financements pour la région Grand Est ; Tram et le Pôle arts visuels Pays de la Loire ont reçu les accords financiers et sont dans les prémisses du SODAVI, notamment quant à l’élaboration du projet et de la méthodologie de mise en œuvre ; CINQ,25, Fusée et Cartel sont pleinement engagés dans la démarche pour la Nouvelle Aquitaine. Six réseaux ne se positionnaient pas ou n’avaient pas tranché cette question à l’été 2016, pour plusieurs raisons : certains restent en attente de renseignements complémentaires sur cette démarche, ou bien la DRAC ne les a pas sensibilisés à cette question.

La volonté de participer à la structuration du secteur des arts visuels s’accompagne pour les réseaux de rapprochements avec d’autres secteurs artistiques et culturels, tels que les musiques actuelles, le cinéma, le spectacle vivant, le livre et la lecture. En 2016, cinq réseaux ont ce type de rapprochements en projet, tandis que six réseaux ont déjà des relations avec les autres secteurs artistiques et culturels. On remarque que, dans ce dernier cas, les liens s’opèrent soit dans le cadre d’actions événementielles (comme l’organisation d’une biennale du livre, ou encore de concerts dans les lieux d’exposition), soit sous la forme d’une politique publique en faveur des arts et de la culture. Dans la région des Hauts-de-France, 50° nord participe par exemple au comité régional Art et culture, en présence des représentants des autres secteurs, afin de discuter de la mise en œuvre et des orientations prises quant à la politique culturelle de la région. Le conseil régional des Pays de la Loire a également développé une dynamique forte réunissant les pôles des différentes filières (arts visuels, musiques actuelles, livre et lecture, audiovisuel et cinéma). Enfin, Tram travaille avec le SYNDEAC (Syndicat des entreprises artistiques et culturelles) sur les questions de politiques culturelles et de défense du secteur. Au fil des années, les secteurs des arts et de la culture ont maintenant davantage tendance à se rapprocher, afin de porter une vision partagée de leurs réalités.

7. Éléments de synthèse

La mise en perspective du panorama de 2011 fait apparaître plusieurs aspects témoignant des changements et du développement des réseaux territoriaux aujourd’hui. On peut dans un premier temps noter la création de nouveaux réseaux (six depuis 2011), ce qui confirme la nécessité pour les acteurs de se fédérer autour de problématiques et d’enjeux communs. On s’aperçoit dans un second temps que les missions et actions des réseaux n’ont cessé de s’élargir, passant progressivement du rôle de portail de communication à celui de porteur d’une parole commune. Il ne s’agit plus seulement de se rendre visible sur le territoire, mais d’agir dans le paysage culturel, de s’y positionner, voire de participer aux politiques culturelles territoriales. Les questionnements se sont désormais déplacés : c’est bien celui de la structuration en filière qui se pose aujourd’hui, à court, moyen ou plus long terme, pour le secteur des arts visuels.

En 2011, il était précisé que « si l’échelon régional/ eurorégional est souvent pertinent en termes de visibilité et cohérent avec les territoires naturels des scènes artistiques, la mise en réseau réelle, humaine, concrète, pragmatique et propice aux partenariats de travail exige souvent des territoires plus restreints. »

La situation a évolué. En couvrant l’ensemble du territoire national métropolitain, les réseaux sont progressivement devenus les chevilles ouvrières de la structuration du territoire, tout en devenant incontournables pour faire remonter au niveau national les données du champ des arts visuels, d’où leur volonté de porter les SODAVI. Ceci est d’autant plus vrai avec la réforme territoriale qui a modifié le paysage administratif et culturel des régions. En 2016, les réseaux doivent établir des liens plus fort avec le politique, afin de contribuer à la structuration des arts visuels et de réagir aux politiques culturelles.