5 janvier 2016

copy -right -left -heart… œuvres de l’esprit : des ressources non rivales

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L’actualité récente du troisième «  Hackadon  », qui s’est déroulé à Paris et Orléans le vendredi 11 décembre 2015, m’a donné envie de tenter de démêler quelques notions au croisement de l’art, des technologies de la communication, du droit et de l’économie.

En résumé, un Hackadon est un événement public et gratuit qui permet à des porteurs de projets qui contribuent aux «  biens communs  » de se rencontrer, de présenter leurs projets en public et de recevoir un soutien financier pour la réalisation de ceux-ci. Cet événement est organisé par une structure (association ou entreprise) qui mobilise en amont des soutiens financiers et s’engage à les répartir, selon le vote du public, entre les projets participants.

Bien public, bien privé, bien commun, art dit «  libre  », copyright, copyleft, creative commons, crowdfunding… la nuance et la portée de ces termes, et leurs éventuelles association ou opposition m’intriguent. Ma tentative modeste de «  démêlage  » vise donc à rassembler quelques pistes de réflexions. Elle s’adresse en priorité aux jeunes artistes et aux artistes de demain.

Votre éventuelle participation, sous les formes les plus diverses (témoignages, indication de ressources, texte critique ou historique, œuvres graphiques ou audiovisuelles…) nous permettrait d’ouvrir un véritable dossier, s’enrichissant progressivement de points de vue complémentaires.

Parmi mes collègues, au sein de l’association Labomedia, nombreux sont les militants historiques et actifs « du libre ». Leur engagement éthique se concrétise également au sein de groupes de travail dont l’actualité reste brûlante. Après qu’ils m’aient suggéré des ressources, j’ai senti poindre une certaine inquiétude chez eux. Pour résumer leur position  : plus nous nous intéressons au «  libre  », moins nous le comprenons. Au croisement de la politique, de l’économie, de la culture et de la société, ce domaine s’avère particulièrement complexe, vaste et subtilement (des-)articulé.

Je dois avouer que j’étais proche de laisser tomber ma tentative et de vous proposer simplement une bibliographie, très fournie, très dense et puis… Alors que je me débattais entre mes notes de lecture sur les licences dites «  libres  » ou «  autogérées  », que j’allais voir du côté du crowdfunding et des projets artistiques portés en dehors des institutions, j’ai reçu par hasard une recommandation pour une conférence d’Antoine Defoort. Pour inaugurer ce dossier, je vous propose donc quelques ressources (dessin animé, spectacle) et définitions, que j’espère très digestes.

DESSIN ANIMÉ (The Minute Memes project is a series of one-minute videos about copyright restrictions and artistic freedom, made by award-winning animatorNina Paley.)

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Selon Antoine Defoort : « Les droits d’auteur devraient être rebaptisés droits des héritiers, des éditeurs et dans une moindre mesure, des auteurs. »
Captation de Fabien Plasson du spectacle « Un faible degré d’originalité », par Amicale de production

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DÉFINITIONS

Une LICENCE (selon l’abécédaire de la CNCPI, Compagnie Nationale des Conseils en Propriété industrielle) est contrat qui permet à un tiers d’exploiter, à titre onéreux ou gratuit, un droit de propriété intellectuelle, lequel demeure, toutefois, la propriété de son titulaire.

Licences

Copyleft.svg TableauCC

Copyheart : un article à lire au sein du blog de Calimaq (aka Lionel Maurel), juriste & bibliothécaire, au croisement du droit et des sciences de l’information.

« Au cours d’une interview donnée pour O’Reilly Radar, Nina a eu l’occasion d’appeler à la « désobéissance intellectuelle » (intellectual desobediance) qu’elle définit comme une version de la désobéissance civile appliquée à la propriété intellectuelle. Le cheminement personnel qui l’a conduit à cette position est intéressant : partie de l’usage des licences libres (CopyLeft), passée au renoncement complet à ses droits sur ses créations (CopyOut), elle appelle aujourd’hui ouvertement au non-respect des règles du droit d’auteur (CopyFight), qu’elle estime contraires à sa dignité d’artiste et d’humain, ainsi qu’à des principes supérieurs comme la liberté d’expression ou de création artistique. » / La suite dans cet article

QUELS MODÈLES ÉCONOMIQUES ?

Ophélie Jeannin, dans un dossier pour le Forum d’Avignon en 2013 pose la question suivante « Les pouvoirs de la culture. Le crowdfunding, triomphe ou faillite de la culture ? »

Un mécénat privé et anonyme de la culture par des admirateurs, fans ou consommateurs crée t-il un rapport différent entre les artistes et le public ? Cela permettrait une résolution de la tension entre la liberté d’accès (exhaustivité, facilité et gratuité*) aux biens culturels et des créateurs sans financement ?
La crise de la gratuité serait alors en partie déjouée par le témoignage financier de l’intérêt des publics. Mais quelle serait alors la place des institutions culturelles ?

Il est difficile de traduire le terme de crowdfunding (financement participatif, collecte participative, financement par la foule…) qui désigne des mécanismes divers associés aux « crowdsourcing », à savoir réunir (des fonds, des personnes, des moyens…) dans une perspective de création de valeur. La culture est au premier plan des financements participatifs.

Cet appel au public permettrait-il de contourner les critères de sélection des financeurs classiques? Ces nouveaux financeurs constituent-ils des incubateurs de publics ou de simples communautés de consommateurs ? Ce financement permet-il d’avoir un droit de regard sur la création artistique (dictature du nombre) ? Il est à noter que la proximité est le facteur le plus incitatif au don. lecrowdfunding serait-il simplement une sollicitation financière de son entourage ?

Ces plate-formes deviendraient-elles à terme de nouveaux intermédiaires entre les artistes et les institutions (à la manière des galeristes ou agents d’artistes) ?

crowd

Graphique issu de l’article « Le crowdfunding dans la culture ou l’émergence du mécène 2.0 »

  • ATAWAD (Acronyme proposé par le consultant Xavier Dalloz pour désigner l’expression : « Any time, anywhere, any device ». Elle symbolise le fait que l’individu a la possibilité de se connecter quel que soit le lieu, quel que soit le moment, quel que soit le support/terminal utilisé. L’expression prend acte de la mobilité croissante des personnes et de la quasi-ubiquité rendue possible par les technologies de l’information, d’où l’expression de « mobiquité » combinant les deux notions.)

Article à suivre… grâce à vous.