1 mars 2016

Brèves de clavier, tome 1

En échos avec l’atelier de travail permanent de Labomedia sur la mixité des technologies, sciences, arts et techniques… inauguré par la conférence de Spider Alex, dont nous avons réalisé un résumé succinct, voici une contribution composite proposant, sur le modèle des brèves de comptoir, des « brèves de clavier ».

Il s’agit d’une simple série de questions, étayée par un extrait référencé…

 

Les hommes sont-ils des femmes (presque) comme les autres ?

Le terme sexe réfère à la signature biologique d’un individu. Pour mieux saisir le sens biologique du concept de sexe, une brève explication de la différentiation sexuelle dans le milieu intra-utérin suit. (…) Le modèle sexuel de développement de base, ou par défaut, du fœtus est en fait féminin, à moins de l’intervention du chromosome Y. Si celui-ci est absent, ou déficient, l’embryon deviendra une fille, du moins d’un point de vue génétique.

Site du CESH (Centre d’études sur le stress humain)
> Dossier « sexe, genre… en savoir plus »
>> « Sexe et différenciation sexuelle »

Les femmes sont-elles abondamment définies pour mieux identifier, en creux, les hommes ?

Elisabeth Badinter écrit dans “ L’amour en plus ” (p.310) : [La femme] “ (…) est une créature essentiellement relative. Elle est ce que l’homme n’est pas pour former avec lui, et sous son commandement, le tout de l’humanité. ”. Elle se doit donc d’être timide et soumise, modeste, faible et passive.

Site du C.A.F.É. (Cours autodidactiques de français écrit)
> Page « Comment vit la femme avant la Révolution française ? »

La révolution numérique, et le monde du travail, entretiendraient-ils quelques similitudes avec la révolution française, dans son exclusion progressive des femmes ?

Par le biais de diverses mesures (interdiction des clubs de femmes, puis interdiction faite aux femmes d’entrer dans les tribunes, puis de se grouper à plus de cinq dans la rue) prises par les révolutionnaires, les femmes se voient exclues des affaires de la cité.
En avril 1793, on exclut explicitement les femmes des droits politiques. Cette décision est argumentée de la sorte : “ Les vices de notre éducation rendent cet éloignement encore nécessaire au moins pour quelques années. ” (Élisabeth ROUDINESCO, Théroigne de Méricourt, Seuil, Paris 1989, p.143.)
Le 30 Octobre 1793, on interdit purement et simplement aux femmes de fonder ou d’appartenir à des sociétés féminines.
Site de l’Association Thucydide, créée afin de promouvoir les Sciences Humaines (et plus particulièrement l’Histoire) en tant qu’outil de compréhension et d’éclairage des faits qui bercent le quotidien de chacun d’entre nous.
> Dossier « Comprendre / Les femmes et la République en France – La République au féminin »

Alors qu’au Moyen-âge, nombre [de femmes] ont accès à certaines fonctions importantes et exercent le pouvoir, leur statut change sous l’Ancien régime : les lois entourant la succession des enfants de Philippe IV condamnent de jure et de facto les femmes à un rôle non politique.
(…)
Dès les premiers États généraux convoqués par Philippe le Bel en 1302, les femmes étaient convoquées. Elles le furent pour tous les États généraux suivants (par exemple ceux de 1484 convoqués par Anne de Beaujeu, fille de Louis XI, pendant la minorité de Charles VIII), jusqu’aux États généraux de 1789, où les femmes propriétaires de fiefs furent contraintes de se faire représenter par un homme (noble ou clergé) : les femmes veuves ou nobles tenant fief prennent ainsi part au vote mais elles ne sont pas directement éligibles. Elles peuvent toutefois être représentées par une sorte de suppléant comme c’est le cas notamment dans les assemblées locales. Les femmes prennent également une part très active à la rédaction des cahiers de doléances.
Place des femmes en politique en France (et Hause, Steven C., et Anne R. Kenney, 1984. Women’s Suffrage and Social Politics in the French Third Republic. Princeton, N.J.: Princeton University Press, p. 3.)

Si au XIIIème siècle, les femmes peuvent exercer divers métiers (médecins, meunières ..), leur progressive exclusion des métiers prestigieux et rémunérateurs annonce la remise en cause de cette relative liberté. Sous la Renaissance, les hommes prennent la direction des corporations féminines. En 1675, il n’en existe plus que trois : lingères, bouquetières et limières-chanvrières.
> Site de la revue Pratiques. Pratiques est une revue qui se veut un lieu de débat sur les enjeux de la médecine dans la société. Elle explore les articulations et les paradoxes qui relient les notions de soin, de santé, de social et de politique. En même temps Pratiques s’ouvre à une réflexion transversale vers d’autres horizons avec des spécialistes des sciences humaines, sociologues, historiens, philosophes, ethnologues et d’autres acteurs de terrain sans oublier la réflexion des usagers, malades et bien portants.
>>>> Femmes et travail
>>>>> Une histoire du droit au travail des femmes

 

Après 1776, un édit royal impose des réformes qui en principe permettent l’entrée des femmes dans toutes les corporations. Un certain nombre de filles, femmes et veuves entrent dans des métiers qui leur étaient antérieurement fermés. On voit en 1786 des marchandes drapières-mercières (6), bouchères (2), fruitières-orangères, limonadières-vinaigrières ou épicières (6), pelletières-bonnetières-chapelières (3), tailleuses d’habits (8), faïencières-vitrières (2) et chandelières-huilières (1)
Il est possible que certaines de ces femmes aient personnellement beaucoup gagné à cette ouverture des corporations, mais il est plus douteux que ce changement ait déconstruit la division du travail régnant entre hommes et femmes, qu’elle ait été justifiée comme « naturelle » ou « culturelle ». On peut voir dans cette réglementation des corporations imposée par édit de multiples et diverses motivations : un acte de charité royale, l’introduction progressive de la liberté du travail, un renforcement du contrôle masculin dans les métiers menacés par le travail des femmes.
Les couturières dans leur mémoire de 1776 ont exprimé assez clairement les problèmes rencontrés par des femmes entrant dans des corporations masculines. Elles n’ont pas la possibilité de s’engager dans la direction du corps pour ce qui relève des aspects entrepreneuriaux du travail ce qui les sépare de l’expérience de celles qui sont dans les corporations féminines. Bien qu’il existe des hiérarchies de fortune et de classe dans les corporations féminines, aucune femme n’est formellement exclue (comme dans la vaste majorité des métiers mixtes après 1776) de la participation aux assemblées et aux délibérations du corps. Même si ce sont les marchandes-maîtresses les plus riches ou appartenant aux meilleures familles qui participent aux élections des jurées, aucune marchande-maîtresse n’a été exclue a priori parce qu’elle était une femme comme ce fut le cas dans des corporations masculines. Les corporations féminines ont donc permis aux femmes de participer non seulement au monde du ménage, à celui de la boutique, mais aussi, du fait de la qualité accordée par la maîtrise, d’entrer dans le monde politique et économique, plus large et plus public.
« La maîtrise d’une identité ? Corporations féminines à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles », Cynthia TRUANT

L’exclusion des femmes de milieux auparavant mixtes serait-elle du à la peur des hommes de devenir stupides à leur contact ?

Les femmes savent parler à un homme sans être perturbée. L’inverse n’est pas vrai. (…)
Sous le faux prétexte d’une expérience sur le langage, les chercheurs ont fait passer un test sémantique à quatre-vingt-dix hommes et femmes en les prévenant qu’un(e) observateur(trice) se connecterait ensuite à la cabine dans laquelle ils étaient isolés pour leur donner le top-départ d’un second exercice, où ils devraient lire un texte devant une webcam. Chacun était informé du prénom de l’observateur(trice) et pouvait en déduire son sexe. Le stratagème avait pour but de créer l’attente d’une interaction à venir. Dans ces conditions, alors que, chez les cobayes féminins, aucune différence significative n’était notée selon le sexe de l’observateur, les hommes anticipant un contact avec une femme ont nettement moins bien réussi l’exercice sémantique que les autres. Le plus drôle, c’est que, l’expérience étant automatisée, la femme en question n’existait pas.
En savoir plus

 

Les-zones-intimes-se-rasent-avec-huile-de-rasage-le-rasage-modernePourquoi les hommes ne sont jamais considérés comme « indécents » ?

Pour mémoire, en France, la loi interdisant le port du pantalon pour les femmes n’a été officiellement abrogée qu’en janvier 2013. Cette ordonnance, datant du 7 novembre 1799 visait à limiter l’accès des femmes à certains métiers.

(…) lui avec ses larges épaules, ses cheveux, ses yeux et ses lèvres, n’est pas considéré comme un objet de tentation quand bien même toutes les femmes du monde le convoiteraient…
« Pourquoi donc les hommes ne se voilent-ils pas ? » C’est une bonne question : pourquoi donc les hommes ne seraient-ils pas eux aussi des objets de tentation qu’il faudrait soustraire au désir affolant des femmes ?

Qui sont les sorcières ?

Les informations sur le contexte dans lequel s’est développée la chasse aux sorcières mettent en parallèle les débuts du capitalisme et l’histoire de la violence faite aux femmes. Extraits de « Le temps des bûchers« , de Starhawk, écrivaine et activiste écolo-feministe américaine, très impliquée dans la lutte antinucléaire et théoricienne du néopaganisme. Publié par « Boîte à Outils Editions 2012 » (Brochures subversives à lire, imprimer, propager), issu de Femmes, Magie et Politique, paru chez les Empêcheurs de penser en rond, 2003, première édition en anglais 1982.

« Les clôtures », comme l’a dit Bacon, « ont engendré un déclin du peuple. Des villages entiers furent dépeuplés, les maisons tombèrent en ruine, l’église sans toit devint une étable à moutons, quelques bergers vivaient là où avait demeuré une communauté agricole prospère.» (…) La clôture des champs a détruit le village paysan comme unité économique. Le pouvoir sur les décisions importantes qui affectaient le bien-être de la communauté tout entière n’était plus dévolu au village ou à ses représentants. Au contraire, il devint fragmenté et privatisé, approprié par les propriétaires fonciers en même temps que la terre. (…)

Les persécutions des sorcières sont liées à un autre des importants changements de la conscience qui se sont produits aux 16ème et 17ème siècles. La montée du professionnalisme dans de nombreuses sphères de la vie a signifié que les activités et les services que les gens avaient pratiqués pour eux-mêmes ou pour leurs voisins ou leur famille étaient désormais pris en charge par des corps d’experts payés, qui avaient une licence ou un autre moyen de reconnaissance de leur qualité de gardiens d’un corps de savoir réservé et garanti officiellement. (…) Quand une femme est exclue du travail productif, elle est condamnée à jouer le rôle d’objet. (…)
Elles sont objet et non sujet, l’autre et non le soi de la culture. (…) Comme tous les autres objets, les femmes ont été transformées en écrans sur lesquels la peur et la haine latentes des hommes se projettent. Les chasses aux sorcières ont enflammé et légitimé cette haine, en favorisant les forces éco- nomiques qui condamnaient leur être physique et existentiel. Chez les femmes, les persécutions ont renforcé la haine de soi et la suspicion envers les membres de leur sexe. Pour les deux sexes, le rôle de victime est apparu comme le rôle naturel et mérité de la femme. «Toute la sorcellerie vient du désir charnel», dit le Malleus Maleficarum, «qui est, chez les femmes, insatiable».