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Bulles, de Miren Arambourou

La bulle s’enfle, encre et souffle, encre soufflée…

Encre légère qui vient se déposer sur la feuille blanche, s’y alanguit comme un fruit mûr, s’épanouit en traces imprévues…
Le spectateur, saisi, pense deviner, croit voir, voudrait dire… Il ne parlera jamais que de lui même, sur l’écran noir et blanc de l’image projetée.

L’artiste a cessé de souffler. Il prend le pinceau, la plume… ou le ventilateur. De ce qui doit advenir, il ne sait encore rien. Mais la main est assurée.

La bulle se déclôt, la ligne s’allège ici, se surcharge tout à côté, l’encre se mêle de peinture, s’irise, en métamorphoses légères où apparaît … Quoi ? Faut-il nommer, vraiment ?

Regardez travailler Seba Lallemand: ne croyez pas qu’il est avec vous, il habite seul cet espace singulier de l’œuvre en train de naître, irréfutable.
Vous voudriez intervenir, lui dire que c’est bien, que ça suffit, là, en l’état? Il vous sourit gentiment.  Et poursuit son chemin. Il est déjà ailleurs, possédé par ce souffle qui guide sa main, la bulle s’enfle encore, et crève, et se sublime… Jusqu’où ?

Il s’arrête. Range ses outils. « Voilà », dit-il simplement.

Miren Arambourou, Trôo, le 15 février 2015

De Seba jusqu’à l’œuvre, de Max Fullenbaum

Dans une caverne philosophale à la lumière chancelante, existe, près de chez nous, un alchimiste solitaire entouré de pigments, d’essences, de poudres et de matières qu’il répand sur une toile étendue sur le sol d’où écloront des volcans d’hommes, à la face continentale, aux artères géographiques déversant les ruisseaux figés de l’énergie des premiers nés au milieu du jaillissement des bulles d’un monde en surgissement…

Dans ce corps à corps, Séba paie de sa personne en constituant son œuvre de sa propre constitution. Comme Yves Klein reproduisait un corps à partir du corps lui-même, un corps devenu pinceau, Séba se fait, lui aussi, palette de son œuvre en lui donnant souffle et esprit…

Le souffle se loge dans la membrane d’une bulle à qui Séba donne de sa vie jusqu’au point d’éclatement d’un moment éclair quand toutes les forces s’unissent pour cristalliser la forme qui inscrit cette apogée dans le temps. Un papier à la brillance miroitée recueille l’empreinte de cette vie première et aléatoire pour qu’à nos yeux elle ne cesse de se créer…

L’esprit plane au-dessus des bulles, comme un silence d’émotion s’instaurant à la fin d’un spectacle, et imprègne la toile en train de se faire à côté d’elles.
Autant la bulle était diaphane comme un courant d’air, autant la toile exige du corps de Séba sa présence, son battement, son ossature, son relief, son épaisseur, sa présence charnelle.
Séba se penche vers la toile, s’allonge, fait corps avec elle, il l’épouse et se disperse en elle comme si les liquides qu’il répand avec le souffle d’un sèche-cheveux composaient le liquide amniotique de sa création.
Alors, mutisme et parenté de la roche incrustent leur relief sur la toile pour lui donner à conquérir la troisième dimension de son enfantement.

Max Fullenbaum

Pauvreté de moyens, richesse des œuvres…, de Max Fullenbaum

L’atelier de Séba est un trou dans la roche, une cave troglodytique dans le village de Trôo.
Dans cet espace des premiers âges, Séba déploie tous ses talents d’alchimiste pour trouver la pierre philosophale de son art.
Avec comme seuls outils un entonnoir et son souffle, il crée, par un mélange savant d’encres et de pigments, des bulles éclatées qui forment une cosmogonie où des mondes en mutation s’entrechoquent sur un rectangle de papier.
Ses dessins semblent être les réceptacles des bulles comme si ces dernières, dans leur diffusion, entraînaient la formation d’un horizon terrestre.
A l’aide d’un simple stylo à bille et d’un petit flacon de Tippex, Séba délimite des paysages tout à la fois extérieurs et intérieurs, autant topographiques que psychologiques, espaces noirs avec des affluents de blanc traçant une carte du Tendre d’une géographie mentale…

Max Fullenbaum