Du 01 Juil au 01 Nov 2020

Viens avec moi

Catégorie :

37 Indre-et-Loire

Adresse :

44 rue Haute Saint-Maurice 37500 - Chinon

Julie Mansillon – Pendant des siècles, les travaux d’aiguilles, de broderie, de dentelles et de plumes, étaient considérés comme des loisirs et des ouvrages domestiques qui permettaient d’occuper les femmes. Pourtant tous ces ouvrages ont permis de vêtir, de réparer, d’embellir, d’orner, de décorer. Tous ces savoir-faire féminins se caractérisaient par de la précision, de la patience, mais aussi par de l’inventivité et de la créativité.
De nombreuses femmes artistes se sont donc emparées du textile et de ses techniques au tournant du milieu de 20ème s., souvent d’ailleurs pour dénoncer la place faite aux femmes dans notre société.
Soixante ans plus tard, penses-tu que les techniques que tu utilises sont encore en marge ou réduites à un genre par notre milieu artistique et quelles sont les contraintes du vivant par rapport aux techniques que tu utilises ?

Les techniques dont tu parles, associées à des savoir-faire féminins, m’ont été transmises, comme à beaucoup d’autres petites filles, dans l’enfance par les femmes de ma famille.
C’est comme un vocabulaire pratique qu’il m’arrive d’utiliser, si le matériau que j’ai choisi au départ s’y prête.
Mais finalement quand on regarde mon travail artistique, il y a beaucoup d’autres gestes et d’objets que l’on n’associerait pas spontanément au travail d’une artiste féminine.
J’expérimente dans ma pratique artistique des gestes sur des matériaux, hérités de l’artisanat, du quotidien, d’une pratique traditionnelle des beaux-arts…

Mes « tissages » sont des entrelacements de matériaux du quotidien et d’attributs naturels humains et animaux (les robes sculptures en plumes de paon, le travail « Mue » dans l’exposition, la série « Panser d’hiver » avec des fourrures de récupération), mes objets en pennes de paon ressemblent à des ouvrages de vannerie, alors que la technique est différente et m’est propre, j’utilise une pointe chaude pour graver, fondre, fusionner toutes sortes de surfaces, rehausser comme une dorure mes aquarelles…
J’essaie de faire résonner une base fabriquée par l’humain, artificielle, et une matière naturelle en les unissant par un geste symbolique, qui n’est pas forcément lié à l’univers de la femme.

Julie Mansillon – Tes œuvres présentées au musée sont toutes composées d’éléments naturels, plumes, poils, … Peux-tu nous parler de ce choix lié au vivant dans ta pratique ?

J’aime beaucoup utiliser dans mon travail des éléments naturels comme ceux provenant des animaux parce que ce sont des matériaux liés à des épisodes de ma vie : retrouver les fourrures des lapins élevés dans les clapiers d’une ancienne maison de famille par des aïeux, contempler les paons des voisins qui avaient l’habitude de se promener dans notre jardin en laissant au passage leurs plumes.
Le plumage, la fourrure, ont un contact doux qui me touche et me plaît en tant que sculptrice. C’est pour cela par exemple que je m’étais intéressée aux animaux naturalisés dans l’art contemporain pour mon mémoire d’étude, et que j’avais effectué mes stages en Muséums d’Histoire Naturelle.
Les animaux sont porteurs de symboles, nos relations avec eux sont complexes, entre attachement, respect et instrumentalisation, et j’essaie de construire mes objets en y pensant. Pour les pièces présentes au musée, seule la pièce « Mue » est tissée, les boucliers découlent de la création d’autres pièces et d’expérimentations sur des plumes, où je souhaitais monter des formes uniquement avec leur rachis et leurs barbules. Ces matériaux, qui possèdent une richesse visuelle (couleur, finesse, irisation, brillance…) sont l’occasion d’imaginer quelque chose, de détourner des techniques classiques, ils présentent un défi.

Adrien Piard « Hors-jeu », 2020, néon et plexiglas.

 

Infos pratiques

Horaires d'ouverture

du mercredi au lundi de 14h à 18h.

Tarifs

Entrée gratuite