Du 06 Avr au 11 Nov 2013

Schubert, Pinter, Jospin, Gérard, Lefèvre, Lenartowski, Du Sordet, Blondes

Catégorie :

41 Loir-et-Cher

Adresse :

rue des Argillons 41150 - Chaumont-sur-Loire

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Le grand sculpteur britannique David Nash a imaginé, pour Chaumont, une œuvre originale sise près du château et a conçu une installation pour les appartements princiers du monument.
S’emparant, comme lui, d’arbres et de branches issus du Parc historique du Domaine, l’artiste autrichien Armin Schubert a inventé d’étonnants tumulus, méticuleusement sculptés.
Klaus Pinter, également originaire d’Autriche, pose, pour sa part, une surréaliste sphère sous l’Auvent des Ecuries, ceinte d’une carapace, dorée, de feuilles de magnolias.
Tirant également parti de l’architecture du Manège, il y installe une fascinante et singulière sculpture flottante et translucide, jouant avec le souffle vital et le souffle du vent.
Quant à Eva Jospin, ce sont d’étranges et théâtrales forêts réalisées en carton qu’elle offre, dans le château, au regard du visiteur.
Le grand architecte et designer italien Andrea Branzi a conçu, pour sa part, une mystérieuse enceinte sacrée pour les Prés du Goualoup, retraite inaccessible, tressée de verre et de branches.
Non loin de là, l’artiste japonaise Fujiko Nakaya sculpte les brumes et le vent à deux pas d’un bosquet de délicats bouleaux.
C’est sur l’eau et le manque de cette précieuse ressource que Michel Gérard attire notre attention près du Château d’Eau du Domaine, avec ses structures métalliques inspirées des réservoirs, bien connus du New-yorkais qu’il est devenu.
Mais les photographes et vidéastes ne sont pas en reste dans ce jeu permanent de l’art et de la nature qui s’opère à Chaumont-sur-Loire et nous offrent aussi des œuvres montrées pour la première fois : d’insolites et bouleversantes images de jardins japonais réalisées par Claude Lefèvre, de fascinants paysages de Loire sublimés jusqu’à l’abstraction par Nicolas Lenartowski, d’incroyables fleurs peintes par Jacques du Sordet.
Quant à l’artiste américain Jeffrey Blondes, c’est dans une profondeur et une lenteur inaccoutumées que nous entraînent ses poétiques vidéos, peignant toutes les lumières et toutes les couleurs des saisons.

Armin Schubert
“Objets sphériques”
Installation dans le Parc historique
Fin observateur du paysage, l’artiste autrichien Armin Schubert est un créateur d’architecture naturelle. S’inspirant des détails de la nature et des structures, il travaille essentiellement à partir de matériaux bruts fournis par la nature (pierres, branches, racines, feuilles, terre.. ).
Il réorganise ensuite ces pièces banales en nouvelles unités, les assemble selon leurs caractéristiques (formes, couleurs, textures) et cherche à leur donner une nouvelle apparence, une nouvelle signification. En tant que composants d’un ensemble travaillé, ces « rebuts » retrouvent valeur et dignité et révèlent une nouvelle vision aux spectateurs. L’idée de l’œuvre esquissée, la réalisation s’effectue manuellement, avec peu de moyens techniques. Durant la phase de production, il laisse souvent le matériau guider sa main.
Il accorde également une grande importance à la relation avec l’environnement. Particularité du paysage, luminosité, distances sont prises en compte. L’œuvre est, en effet, définie par l’espace, le contexte.

Klaus Pinter
“Sans titre”
Installations dans le Manège et l’Auvent des Ecuries
Artiste singulier et inspiré, Klaus Pinter explore avec passion, depuis 1967 et jusqu’à aujourd’hui, le potentiel des structures gonflables. Compositions polyphoniques, constituées de matériaux antagonistes et de motifs ornementaux, elles illustrent la volonté de l’artiste d’échapper à l’attraction par la fluidité, la plasticité, la légèreté, de se libérer de la surface plane pour s’emparer de l’architecture environnante. Sa démarche est aussi originale que ses installations qui, depuis quarante ans, flottent au dessus des modes. Ces installations «pneumatiques», ces «éphémérides de la modernité», comme les appelle Yves Kobry, doivent être entendues au sens étymologique, autrement dit, elles sont douées du souffle vital, d’une âme, non seulement parce qu’elles sont mues par une réflexion, mais parce qu’elles survolent et entrent parfois en collision avec l’histoire et la culture. Alliant la précision et la rigueur de l’architecte à la fantaisie du poète, le travail de Klaus Pinter déroute et fascine.
A Chaumont-sur-Loire, ce dernier présente une extraordinaire sphère sertie de magnolias d’or dans l’Auvent des Ecuries et installe une sublime structure en lévitation dans le Manège des chevaux. Autant dire que la poésie est au rendez-vous avec ces étranges et poétiques formes déposées par on ne sait quelle divinité sylvestre.

“Forêt” de Eva Jospin
Château
Projet artistique
Ce sont d’étranges et fascinantes forêts que nous propose Eva Jospin. Elle se consacre depuis plusieurs années à la question du paysage et de sa représentation et utilise un médium unique, le carton, pour sculpter ses grandes « Forêts ».
Les corrélations entre ce matériau et l’objet qu’il représente, sont à la fois logiques et contradictoires. Eva Jospin explique qu’elle aborde le carton dans ses oppositions. Ce support brut, revêche et d’apparence fragile, va être maîtrisé, dompté, comme anobli pour, au terme de ce processus créatif, (re)devenir un arbre et incarner ainsi la solidité d’un tronc comme les délicates complexités d’une forêt.
« Eva Jospin n’oublie rien de l’enjeu qui gît au fond de ces sous-bois, frondaisons et clairières : restituer un enchevêtrement sans fin, excéder par la virtuosité de l’arrachage et de la découpe les illusions de la profondeur, expérimenter les limites d’un cadre et d’une surface pour tromper l’œil ». Dominique Païni.
L’artiste, qui conçoit ses œuvres comme un espace de projection, décline les formes et la densité des forêts, et explore l’inépuisable imaginaire poétique qu’elles suscitent. En un regard, la magie de l’œuvre opère. Presque malgré lui, le visiteur est happé par la puissance évocatrice de cet élément naturel ; plus ses yeux plongent dans les strates de branchages et de feuillages, et plus son esprit s’égare. « Car se perdre : n’est-ce pas le seul danger qui s’attache à ce labyrinthe naturel qu’est une forêt ? » Dominique Païni.

Repères biographiques
Eva Jospin, née en 1975, est diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2002.

Michel Gérard
“Watertanks”
Château d’Eau

Pour « Watertanks », Michel Gérard s’est inspiré des réservoirs d’eau de New York, nombreux aux sommets des buildings, mémoire importante de la ville qui souligne la présence nécessaire de l’eau comme base première de la vie pour la nature et les êtres vivants. Ils sont, dans le parc du château de Chaumont, réalisés en métal perforé. Le regardeur peut ainsi voir la nature environnante, assez précisément, à travers leurs surfaces.

Des plaques d’acier inoxydable poli-miroir partagent verticalement l’espace intérieur circulaire. Chaque plaque, d’une hauteur de 2 mètres, reflète la silhouette et l’image de celui qui s’approche et derrière lui, plus précisément encore, la nature qui l’environne.
A mi-hauteur de chaque plaque est écrit un court texte :

L’environnement à vivre
Plante un arbre
Verte énergie
Sauve l’eau.

Ces textes évoquent, en quelques mots, un dialogue constructif nécessaire avec la nature à préserver, dont la présence lentement diminue sur notre planète.
Les « Watertanks » posés à proximité du château d’eau historique crée un dialogue avec ce dernier, évocation de ceux d’une grande métropole telle que New York et du développement de la vie dans des temps historiques et des lieux différents et, par extension, la vie qui prend origine dans un temps plus vaste.

Claude Lefèvre
“Sans titre”
Galerie du Fenil (Cour de la Ferme)
Claude Lefèvre aura passé beaucoup de temps à réaliser de nombreux projets photographiques avant de découvrir le Japon.
Ce sont les films d’Ozu, de Naruse, d’Uchida, de Kurozawa et de tant d’autres réalisateurs qui l’ont éveillé à la culture japonaise, au moment même où il commençait à appréhender la photographie, dans les années 1970. Dès lors, leurs influences sur son travail, furent prépondérantes : rigueur des cadrages, lumière des intérieurs des maisons japonaises, esthétisme des compositions des plans et séquences, épure des décors. Claude Lefèvre doit à la culture japonaise, à son cinéma et sa photographie, en particulier, une exigence esthétique qui ne l’a jamais quitté tout au long de ses travaux photographiques sur plus de 40 années.
C’est encore ce qui l’habite dans ce travail, depuis 4 ans sur les quelques 200 plus beaux jardins japonais, « lieux de beauté paysagère », comme les désigne le ministère de la culture du Japon.
Ce travail est avant tout un travail d’artiste, artiste photographe, même si parfois sa démarche peut s’apparenter à un travail anthropologique sur l’histoire des jardins, ce qui pourrait être pour le photographe un travail futur.
C’est donc une histoire de la beauté, une histoire de la beauté des jardins du Japon, beauté séculaire de l’art de mettre en espace, souvent restreint, la beauté du monde naturel, la beauté des plus remarquables paysages japonais, voire de la Chine, où des paysages de la cosmogonie et des croyances qu’elles soient shintoïstes ou bouddhistes.
C’est cette beauté là que tente de restituer cette exposition.

Nicolas Lenartowski
“Dérives, à fleur de Loire”
Asinerie (Cour de la Ferme)
C’est à bord d’un petit avion que Nicolas Lenartowski survole la Loire pour réaliser ses prises de vue aériennes.
Le territoire ligérien offre une lumière incomparable au photographe, qui a su voir dans les méandres de ce fleuve majestueux, d’incroyables tableaux abstraits. Le sujet devient matière, mais si les images de Nicolas Lenartowski s’inscrivent résolument dans l’abstraction, elles restent néanmoins des photographies du réel et de la nature, à l’image des peintures d’Olivier Debré.

Bancs de sable, eaux basses et hautes, végétations mouvantes du grand fleuve sauvage qu’est demeurée la Loire, sont transfigurés, sublimés par le regard et l’objectif de l’artiste.

Jacques Du Sordet
“Transparences”
Petites Galeries des Ecuries
« Photographe de reportage pendant près de trente ans, j’ai parcouru le monde en cherchant l’instant magique où, dans mon viseur, tout s’assemble et prend un sens. Saisir l’image dans toute son intensité, alors qu’elle disparaît déjà, forme le regard et l’exigence artistique.

Au fur et à mesure des années, j’ai commencé toutefois à éprouver une forte attirance pour le dessin et la peinture. Sans doute l’envie de m’extraire du côté « figé » de la photographie, d’explorer d’autres textures, plus « souples », plus créatives.

Je me suis donc mis à la recherche d’une technique qui me permette de mêler la liberté créative de la peinture et la puissance de la photo, sans privilégier l’une ou l’autre. La fusion du réel et de l’imagination, du vrai et du créé ; la matière picturale et le rendu parfait de la photographie.

C’est à partir d’un travail sur les fleurs, qu’elles se sont ensuite imposées comme source d’inspiration. Par essence, elles s’offrent au regard dans toute l’étendue de leurs possibilités sans contrainte de temps ni de mouvement. À l’image du sculpteur ou du peintre, je peux alors façonner la matière infiniment riche qui les compose. Couleurs, lumière, textures naturelles et peinture, chaque élément enrichit les autres pour tendre vers une nouvelle matière, tantôt minérale et cristalline, tantôt végétale et marine.

Ce travail est aussi une réponse à la surabondance d’images photographiques qui aujourd’hui scrutent le réel et l’épuisent en oubliant qu’il se révèle davantage lorsque l’on s’en écarte.

Il y a enfin l’aspect artisanal du métier de photographe avec lequel cette série me permet de renouer. C’est un travail méticuleux où le hasard n’a que très peu de place et qui exige une technicité maîtrisée (lumière, profondeur de champ) sans recourir cependant à aucune forme de retouche.

Bien davantage que « l’accident photographique », ce qui m’intéresse c’est de mettre en forme, patiemment, scrupuleusement, l’ensemble des éléments qui me permettront d’obtenir ce que je recherche.

Cette série marque une étape essentielle dans mon parcours. À présent, tout est possible, à mon rythme, et selon les contraintes que j’ai choisi d’adopter, en me détachant de celles qui m’étaient imposées. Une forme de liberté où rigueur et créativité ouvrent la voie à de nouvelles et passionnantes possibilités. » Jacques du Sordet – Mai 2012.

Jeffrey Blondes
“Sans titre”
Grange aux Abeilles (Cour de la Ferme)
Jeffrey Blondes a consacré sa carrière à un examen minutieux, patient et intense de la nature. D’un œil consciencieux et considéré plus apparenté à un peintre de nature morte qu’à un artiste de paysage, il tend à transposer aussi sincèrement que possible le paysage qu’il voit autour de lui. En employant les techniques traditionnelles de dessin, l’aquarelle et la peinture à l’huile, aussi bien que le moyen plus contemporain de la vidéo, son travail est aussi bien issu des techniques traditionnelles de la peinture de plein air qu’une mise à jour novatrice du genre.

Il y a quelque chose de presque monastique dans le désir de Jeffrey Blondes de repenser le même sujet à maintes reprises, comme une prière souvent répétée ou une litanie, dans lesquelles le fidèle cherche à découvrir quelque chose de nouveau chaque fois. Jeffrey Blondes a presque un respect obsédant pour la nature.

L’installation vidéo présentée à Chaumont-sur-Loire par Jeffrey Blondes, comprend quatre « dérouleurs photographiques ». Chacun d’entre eux projette une image résultant d’une année complète de tournage. Chaque écran diffuse un film continu composé de cinquante deux séquences d’une heure, filmées en plan fixe au cours des cinquante deux semaines de l’année, selon un cadrage rigoureusement identique. Ce travail extrêmement poétique, est un appel à la contemplation et bouleverse les rapports aux temps, il joue sur la durée, le lent écoulement du temps et l’évolution de la lumière au gré des saisons.