Du 08 Juil au 12 Nov 2017

lee ufan, pressentiment

Catégorie :

37 Indre-et-Loire

Adresse :

Jardin François 1er 37000 - Tours

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Fichiers liés :

L’artiste international d’origine coréenne Lee Ufan propose au CCC OD un parcours labyrinthique inspiré par le noir et l’obscurité. De multiples installations associent peinture et sculptures, guidées, par la recherche d’une intervention minimale sur la matière et sur l’espace, selon les préceptes développés par l’artiste philosophe.

Lee Ufan est l’artiste coréen le plus reconnu sur la scène internationale. Invité à investir le Château de Versailles en 2014, Lee Ufan a notamment bénéficié d’une grande rétrospective au Musée Guggenheim en 2011, et a participé à de nombreuses biennales comme la 52e Biennale de Venise en 2007.

Son exposition au ccc od est la première dans une institution artistique française depuis les rétrospectives que lui ont consacrées le Musée d’art contemporain de Saint-Etienne en 2005 et la Galerie Nationale du Jeu de Paume en 1997.

Lee Ufan Dialogue, 2016 Acrylique sur toile : Acrylic paint on canvas 218 x 291 cm © ADAGP Lee Ufan photo Fabrice Seixas & archives kamel mennour Courtesy the artist and kamel mennour, Paris:London

Informations pratiques

Horaires : lundi 14h-19h et du mardi au dimanche de 11h30 à 19h – nocturne jeudi soir jusqu’à 21h

Tarifs individuels

  • réduit (demandeurs d’emploi, services civiques, étudiants) : 3€
  • plein : 6 €
  • plus (GMM, conférence, visite commentée) : 9 €
  • Gratuit pour les moins de 18 ans.

Extrait de presse :

EXPOSITION

LEE UFAN, EMPHASE DE LA SOBRIÉTÉ

Par Judicaël Lavrador— 

L’artiste coréen investit le nouveau centre d’art contemporain avec ses installations et peintures minimales dans un décorum trop appuyé.

L'expo 'Pressentiment' se présente comme un parcours en six étapes.
L’expo « Pressentiment » se présente comme un parcours en six étapes.Photo F. Fernandez. CCC OD TOUS

Dans la catégorie de plus en plus fournie des expositions qui font le noir autour du spectateur, celle que Lee Ufan (né en 1936) propose dans les murs du nouveau Centre d’art contemporain de Tours, appartient à cette sous-catégorie où la pénombre est une invitation à la méditation et au recueillement. Les gravillons blonds dont le sol est couvert forcent d’ailleurs la marche des plus récalcitrants sur ce chemin vers la zénitude réparti en six étapes, ou six niveaux. Premier level : l’artiste coréen installe des rocs, qu’il a choisis dans une carrière voisine et dont il a peint au sol l’ombre portée de chacune d’entre elles, placées sous des spots à l’éclat tamisé. Les pierres font peser ici le poids de la nature sans l’homme ni l’artiste : c’est l’œuvre déjà là et qui sera toujours là après nous – et après lui. C’est le relief massif de l’éternité, l’homme et l’artiste occupant quant à eux la part d’ombre plate et futile. On ressort pour gagner le deuxième niveau. On fait face à une toile blanche monochrome éclatante, vibrante, pure. Devant, posée au sol, il y a encore une pierre. On ressort. La salle suivante est éclairée à la lueur d’une bougie plantée sur un monticule de terre cerné de plaques d’acier au-delà desquelles, la lumière étant trop faible, on ne voit plus rien sinon que la sculpture en vrac prend la forme chaotique d’une ruine ou d’une tombe. On ressort et on s’arrête devant un des tableaux de l’artiste qu’il a coutume de maculer en leur centre d’une trace grasse de peinture grise virant au blanc. Une trace qui lui a pris des semaines à peindre, coup de brosse après coup de brosse, jusqu’à obtenir un bloc un peu épais, à la consistance onctueuse, à la couleur nuancée et diaphane, figurant le temps long de son exécution.

La peinture de Lee Ufan sédimente à sa surface le temps qui passe et qui s’écoule, mais couche après couche. Toute l’expo est ainsi une espèce de sablier qu’il faudrait retourner (voir) encore et encore pour vraiment l’apprécier. On ressort lire au grand jour la feuille de salle qui cite Lee Ufan : «Mes œuvres sont simples, tellement simples qu’il n’y a pas à les regarder. En général, une œuvre d’art est faite pour être regardée. Nous les regardons pour savoir ce que représente l’objet, ce que représente le sujet du tableau. Mais dans le cas de mes tableaux, c’est d’abord le ressenti qui compte. C’est de sentir la présence de l’art et de l’espace.»

Prêcher la simplicité dans l’art contemporain, c’est parfois prêcher dans le désert. Toutefois, là, paradoxalement, on peut estimer que l’expo (pas les œuvres mais la manière dont elles sont mises en scène) manque de simplicité et de sobriété. Le travail de Lee Ufan en garde toujours un peu par devers lui. Il retient ses coups (de pinceau), il jette une pierre et attend de voir l’écho qu’elle prend en tombant dans l’art. Mais là, ce noir emphatique, ces graviers et leur crissement, ce clair-obscur, ces apparitions soudaines, cette bougie à la flamme tremblotante, tout rend un peu trop théâtrale, trop aguicheuse et un rien ostentatoire cette œuvre censément sereine. Comme quoi, les chemins de la sagesse restent en partie impénétrables, même aux artistes les plus zen.

Judicaël Lavrador

Création Labomedia