Du 02 au 25 Mai 2013

Vernissage : 02 Mai @ 16h00

Comme à l’Agora

Catégorie :

18 Cher

Dans le cadre de la programmation "On est pas sorti de l'objet".

Organisé par :

La Box

Adresse :

rue Édouard-Branly 18006 - Bourges

Une proposition de Fabienne Bideaud et Ann Guillaume – commissaires invitées.
Avec Céline Ahond, Guillaume Constantin, Beat Lippert
Dialogue entre Fabienne Bideaud (curator) et Ann Guillaume (artiste)

Comme à l’agora est une exposition qui souhaite rassembler dans un même espace des objets provenant d’époques différentes mélangeant leurs statuts, expérimentant leurs formes et leurs matières, afin de provoquer des rencontres impossibles au sein du white cube.

Dans le cadre de la programmation “On n’est pas sorti de l’objet”, Comme à l’agora est le dernier volet d’une série de trois expositions.

Agora : n.f, mot grec signifiant assemblée des citoyens puis place publique(1).

Ce troisième volet poursuit de manière symétrique le précédent, dans sa quête de créer des rencontres temporelles et de tester les espaces.
Le musée du Berry et l’Hôtel Lallemant avaient accueilli au sein de leur collection les propositions de Guillaume Constantin et Beat Lippert pour l’exposition Time vs Machine. Les modes opératoires furent l’infiltration, la substitution et le recyclage dans le but de questionner le statut de l’objet et son contexte d’exposition. Afin d’aller jusqu’au bout de ces déplacements, il était essentiel de transposer les espaces et de décontextualiser les objets et leurs habitudes d’exposition.

Le white cube est une appellation commune utilisée dans le jargon de l’art contemporain. Elle est apparue pour la première fois sous la plume de l’historien, critique d’art et artiste irlandais Brian O’Doherty entre 1976 et 1981, alors qu’il analyse les nouveaux espaces d’expositions : “Cet espace sans ombre, blanc, propre, artificiel est dédié à la technologie de l’esthétique”(2). Quelle place peuvent occuper des objets non produits pour ce lieu ? Comment le white cube peut permettre à des objets non issus de notre époque contemporaine d’être exposés et perçus autrement?

Comme à l’agora met également en place un dispositif de “discussion”, créant la mise en relation entre des objets archéologiques et des œuvres produites aujourd’hui, spécifiquement pour l’exposition. Elle poursuit la réflexion avec deux artistes du deuxième volet, Guillaume Constantin et Beat Lippert et invite l’artiste performeuse Céline Ahond à venir interpréter, donner la voix aux objets qui participent aux deux volets d’exposition.

Guillaume Constantin est en charge “d’accueillir” une collection privée d’objets archéologiques (appartenant à Jacques et Christine Guillaume). Ces pièces jamais exposées, ne sont ni classées ni répertoriées, et nous sont accessibles seulement le temps de l’exposition. Ces objets, reflets de l’histoire de la production d’une société donnée à travers ses différentes époques mais aussi fragments d’une histoire intime, soulignent l’interaction permanente qu’ils entretiennent avec les individus. Guillaume Constantin redéfinit, au travers de cette collection subjective, les rapports entre les choses afin de changer la nature de l’archive. Projeté dans le temps actuel, l’archive déplace notre propre représentation du temps. L’artiste agit sur cette collection inédite en l’exposant via un mode de monstration spécialement conçu pour elle. Les objets et leurs supports ne faisant plus qu’un, Guillaume Constantin les examine, les classe et les déclasse, en utilisant le principe du jeu d’échec. Ils sont désormais des pions d’un échiquier marqueté et d’une règle du jeu invisible. Les différentes couleurs et cases définissent les rapports intrinsèques entretenus par ces objets entre eux et avec leur support. En prenant le parti d’un statut égalitaire pour tous, l’artiste place l’objet et le spectateur “dans la sphère techno – sociale”3 , entre homme et machine, leur assurant un avenir commun nouveau.

Beat Lippert fait écho à son intervention réalisée au musée du Berry lors du second volet. Il reprend le gisant qu’il simula dans un couloir du musée pour lui donner une nouvelle matérialité suggérant une présence / absence du « ici et maintenant ». Ce gisant mute d’un corps réaliste en une forme sculpturale. L’artiste s’inscrit dans la tradition de l’histoire de l’art en poursuivant les enjeux même de la sculpture et ce qu’elle suggère et reprend certains codes de la tradition funéraire. Dans cette double perception qu’il propose entre le musée et La Box, entre réalisme et tradition sculpturale, le gisant subit un glissement temporel qui oscille entre présent et passé. Beat Lippert transpose la question de la conservation, avec Duplication #11 (2012), en démultipliant un objet sans valeur pour ainsi ouvrir une dimension infinie de l’espace temps. En correspondance à Guillaume Constantin, il se joue de la question de l’authenticité tout en questionnant l’origine des objets et leurs entrées dans l’histoire de l’art.

Céline Ahond, quant à elle, engage au sein de Comme à l’agora une discussion inspirée de la mise en relation des différentes temporalités perceptible à travers les objets revisités, exposés. C’est au moyen d’une marche et d’une déambulation s’apparentant à une visite guidée qu’elle raconte, décrit, appuie sur une réalité fictive, son interprétation des choses.
Pour sa performance du 2 mai, Céline Ahond emmènera avec elle une partie du public dans les deux musées de Bourges ayant accueilli les œuvres du deuxième volet, le musée du Berry et l’Hôtel Lallemant. Par cette action, elle réactive ce temps passé et invite la mémoire et le souvenir du spectateur, agissant par effet de domino sur le cours de l’Histoire. En parallèle, cette visite sera transmise en direct dans La Box, où l’autre partie du public la suivra par écoute. Ainsi, le parcours devient projection mentale et images issues d’un imaginaire subjectif. Il est dit au sujet du théâtre baroque que “c’est dans la parole seulement que le « Dieu caché » se manifeste” (4). L’artiste se joue des mots et de leurs équivalents en image afin de donner aux objets, situations, événements, la possibilité de disparaître et de réapparaître. Ce dispositif sonore permet de re-visiter l’objet, dans ses qualités de porteur de discours, de mise en contexte et son pouvoir de projection. Il permet à la fois une vision abstraite et objective de l’imaginaire et à la fois une projection mentale subjective. N’y a-t-il pas d’objet plus parfait que celui qui nous est décrit et que nous façonnons à notre convenance ?

agora

Exposition du 2 au 25 mai 2013
>jeudi 2 mai
17h – Performance pour deux publics Rester ici ou partir là-bas ? de Céline Ahond, au départ de La Box.
18h – 21h: Vernissage de l’exposition Comme à l’agora à La Box.

Comme à l’agora accueille le soir du vernissage la présentation de l’édition DECEVOIR, résultat du workshop de l’artiste Guillaume Aubry lors de sa résidence à La Box en 2011-2012.

Rendez-vous 3 mai 2013 à 14h15
Une table ronde se tiendra au studio radio de l’ENSA pour prolonger la réflexion de l’exposition avec Céline Ahond (artiste), Guillaume Constantin (artiste), Beat Lippert (artiste) et Estelle Nabeyrat (critique d’art et commissaire d’exposition indépendante).
Médiation : Fabienne Bideaud et Ann Guillaume.
Emission diffusée sur les ondes le 29 et 30 mai et à écouter en podcast sur radioradio.fr.

Avec le soutien d’Optimark pour la production.

(1) Larousse.fr

(2) Brian O’Doherty, White Cube – L’espace de la galerie et son idéologie, JRP Ringier, éditions françaises, 2008

(3) Bruce Sterling, Objets bavards. L’avenir par l’objet, Fyp éditions, 2009.

(4) Eugène Green, La parole baroque, ed. Desclée de Brouwer, 2001.