8 février 2012

ImagoDrome, des images mentales dans l’art contemporain

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A l’origine de toute œuvre d’art, qu’elle soit du ressort des arts plastiques, du cinéma, de la musique ou de la littérature, se loge dans le cerveau de l’artiste une image mentale. D’où provient-elle ? Comment se construit-elle ? Comme passe-t-elle de sa conception à sa figuration matérielle ? Ces questions complexes sont l’objet d’un ouvrage collectif, ardu mais passionnant, ImagoDrome. Des images mentales dans l’art contemporain, publié par les éditions Monografik et l’Ecole nationale supérieure d’art de Bourges, sous la direction du critique d’art Alexandre Castant, spécialiste des relations entre les arts, qui en 2007 signait déjà un remarquable ouvrage, Planètes sonores, sur les liens entre radio, arts et cinéma (Monografik, réédition 2010).

Dans le néologisme «imagodrome», Alexandre Castant importe la notion de mouvement et de giration, le cerveau étant en quelque sorte une piste de course, un territoire en forme d’ellipse, dans lequel les images en orbite viendraient s’agglutiner les unes aux autres pour former par force d’inertie une image, l’œuvre elle-même. Dans cette construction de l’œuvre, le rêve est prééminent, comme le montre l’analyse de l’œuvre cinématographique d’Alfred Hitchcock (par Alexandre Castant) et de celle de David Lynch (par Stéphane Delorme, rédacteur en chef des Cahiers du cinéma) : «Les images rêvées ne sont-elles pas aussi réelles que celles perçues dans la réalité ?»

L’idée maîtresse qui traverse ImagoDrome, à travers les études sur l’image en peinture, les neurosciences, l’art contemporain, le cinéma de Chantal Akerman, l’art vidéo, etc., c’est que «les images mentales sont mouvements et transformations à venir». Autrement dit, la mémoire est «dynamique», comme le rappelle le spécialiste des neurosciences Israel Rosenfield, c’est-à-dire plastique, transitoire, instable, et l’œuvre est le résultat d’une fixation, d’une solidification des éléments insaisissables qui la constituent. Citant Gilles Deleuze dans son essai «Image mentale et image artistique», Agnès Lontrade affirme ainsi que «toute œuvre est monument(…), non pas une commémoration du passé, mais un bloc de sensations».

ImagoDrome. Des images mentales dans l’art contemporain, sous la direction d’Alexandre Castant, éditions Monografik, collection «Ecrits», Blou, 2010, 240 pages, 25 €.
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