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l’Ordre du jour

dans : Oeuvres

Remi Boinot / l'Ordre du jour / 2009 installation dans le cadre d'une résidence de l'Association MIXAR, Orléans
l’Ordre du jour / 2009 / installation dans le cadre de la résidence de l’Association MIXAR, Orléans

 

 

 

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La tribune, dédiée à la  prise de parole, est ici particulière, elle  prend place sur un trottoir qu’elle partage avec les piétons et diffuse au travers d’un mégaphone, des extraits d’un poème d’Arthur Rimbaud  « Soir historique », (Les illuminations 1873-1875 ), en une dizaine de langues différentes.Des drapeaux composés de rubans de signalisation  sont les sémaphores d’un non lieu inspiré et rebelle.

S’il ne s’agissait que d’une sculpture. S’il ne s’agissait que d’un mobilier public mobile  et mobilisable. S’il ne s’agissait que de faire une pause dans le flux  des passants comme une   roche  muette du jardin de Ryoanji  qui là, précisément, arrangerait   les corps et les langages un moment passagers. S’il ne s’agissait que de converser avec le temps représenté dans un espace immunitaire où la proxémie régit les termes d’un libre échange entre soi et soit! , entre la cité et l’art  comme ‘respirateur’. RB

Les œuvres de Rémi Boinot explorent inlassablement les phénomènes où la population se met en mouvement. Le « devenir-foule » des individus, condition de tout changement politique radical, est toujours en contradiction avec les ressorts de la division, du morcellement et de l’affrontement des singularités les unes contre les autres. La politique, telle qu’elle s’exprime depuis le tournant des années cinquante, joue sans cesse avec sa propre mise en scène de manière à donner l’illusion du rassemblement et de l’unité. Au sentiment d’être-avec, s’est substitué le sentiment de « pouvoir être-avec » validé par l’émotion spectaculaire qui tient à distance l’expérience directe. La critique situationniste est devenue inaudible parce que les processus d’isolement se sont eux-mêmes emparés des logiques qu’elle dénonçait. L’ironie et le culte du ricanement ont rendu possible ce jeu de dupe. Cependant, à travers nombre de ses œuvres, Rémi Boinot affirme encore et toujours le caractère – en chantier –  de la politique…

On ne peut qu’insister aussi sur le soin que Rémi Boinot apporte aux enregistrements des voix étrangères, des chants traditionnels et de la poésie, ses compositions sonores soulignent la force de l’incarnation des idées bien au-delà de toutes les rhétoriques à la mode. La parole confiée, le chant partagé et la poésie dévoilée témoignent avec plus de prégnance ce que « l’être-avec » et le sentiment d’un devenir commun ont d’important : la concorde et l’émancipation.

Jérôme Diacre