02 Mai 2016 de 10h00 à 17h00

Le regard ethnographique #2, journée d’étude

18 Cher

Dans le cadre du séminaire L’objet de l’exposition: le regard ethnographique #2 de Giovanna Zapperi et Frédéric Herbin.

Adresse :

7, rue édouard-branly 18006 - Bourges

Programme de la journée :

10.00-10.30 Accueil des participants.

10.30 Introduction par Frédéric Herbin et Giovanna Zapperi

10.45 Julien Bondaz (Université Lyon 2) Musées postcoloniaux et collections subalternes en Afrique de l’Ouest.

11.30 Pause

11.45 Olivier Vayron (Université Paris IV) Percevoir, classifier et présenter l’autre au XIXe siècle : Quand les collections scientifiques et les oeuvres d’art du muséum participent de l’ethnographie.

12.30-14.00 Pause déjeuner

14.00 Estelle Nabeyrat (commissaire d’exposition et critique d’art indépendante), XXIV Biennale de São Paulo ou l’anthropophagie comme lieu d’absorption du sujet ethnographique.

14.45 Cédric Vincent, EHESS Paris, Titre TBA

15.30 Pause

15.45 Jean-François Boclé (artiste), Si ton musée est mort, essaie le mien (via skype)

16.30 Remarques conclusives

Présentation
Cette journée d’étude s’inscrit dans le cadre du séminaire de recherche « L’objet de l’exposition », qui réunit les étudiants de l’option « Médiation culturelle et Pratiques de l’exposition » du master en histoire de l’art de l’Université de Tours et du master Art de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de Bourges. Elle bénéficie du soutien de l’École Nationale Supérieure d’Art de Bourges et du laboratoire InTRu (EA 6301).
« L’objet de l’exposition » porte une réflexion sur l’exposition comprise en tant qu’objet d’étude à part entière. Chaque année, le séminaire se propose d’aborder ce vaste champ de recherche à travers le choix d’une thématique particulière, reprise lors d’une journée d’étude qui clôture le cycle. Pour la deuxième année consécutive, c’est « le regard ethnographique » qui est étudié.

Argumentaire de la journée d’étude
Après une journée d’études en 2015 consacrée à un ensemble de questions reliant pratiques artistiques, stratégies curatoriales et ethnographie, cette année notre champ de recherche entend aborder de manière plus directe la question d’une possible décolonisation de l’espace de l’exposition. L’histoire de l’exposition – comme celle de l’ethnographie, dont elle sert le discours – est en effet hantée par les questions de la « race », du genre et de l’ethnicité, dont les stratégies rhétoriques méritent encore d’être examinées dans ce cadre précis de la mise en vue.

Si les pratiques artistiques les plus récentes attestent d’un intérêt grandissant pour l’ethnographie, celui-ci est souvent porteur d’interrogations quant à l’héritage colonial de notre présent. Une multiplicité d’expositions a récemment posé des questions complexes qui touchent au rapport, souvent controversé, entre art contemporain, « colonialité » et ethnographie. En effet depuis plusieurs décennies déjà, des chercheurs ont remis en cause les présupposées coloniaux des disciplines anthropologiques. C’est notamment le débat autour des catégories de subjectivité et d’altérité dans les études post-coloniales qui a amené à l’éclatement de la notion de différence. Les revendications des groupes subalternes posent des problèmes politiques qui autorisent un changement de perspective dans les domaines de l’art et des pratiques de l’exposition. On sait, notamment, que le point de vue ethnographique a longtemps été un obstacle à la reconnaissance des pratiques artistiques des anciens colonisés. Dans ce cadre, l’innocence de la relation entre soi et l’Autre est remise en cause par l’introduction de stratégies curatoriales et discursives qui déstabilisent le regard sur l’altérité hérité du colonialisme. La multiplication des acteurs et le décentrement du regard posé sur les objets exposés contribuent à ce processus de décolonisation de l’espace de l’exposition qui s’amorce depuis une dizaine d’années.

Ce processus, il faut bien le rappeler, trouve encore peu d’échos dans les grandes expositions muséales. Il se cantonne, à quelques exceptions près, à des lieux indépendants ou excentrés, où des points de vue minoritaires peuvent s’exprimer. Des expositions récentes, souvent portés par des artistes, ont interrogé le « regard ethnographique » à la lumière d’une enquête historique portant sur le refoulé colonial. L’exposition « Personne et les autres » organisée par Vincent Meessen et Katerina Gregos au Pavillon de la Belgique de la Biennale de Venise de 2015 est en ce sens exemplaire d’une tentative de se confronter de manière critique à la modernité coloniale et à ses effets dans la production artistique. Les politiques institutionnelles semblent en revanche, notamment en France, avoir du mal à se saisir des outils critiques nés des études post-coloniales, que ce soit dans le cadre de musées d’art ou ethnographiques. La récente célébration de « Magiciens de la Terre » au Centre Georges Pompidou à Paris est de ce point de vue symptomatique pour son absence de débat critique autour de l’impensé colonial qui hante encore la programmation des grands musées en France.

Cette journée d’étude sera l’occasion de revenir sur ces différentes questions, en laissant place à tous les points de vue à même d’éclairer les implications des pratiques ethnographiques dans le champ de l’exposition et ainsi favoriser une approche pluridisciplinaire et diachronique de cet objet d’étude. Suivant les réflexions menées dans le séminaire, plusieurs axes privilégiés permettent d’orienter les contributions à venir, sans toutefois exclure d’autres sujets qui concerneraient le thème abordé lors de cette journée :

– Pratiques décoloniales dans l’espace de l’exposition.
– Critiques du regard ethnographique : enjeu de la reconnaissance de pratiques artistiques des anciens colonisés.
– Les institutions artistiques : entre tendances néocoloniales et décentrement du regard.
– Prise en charge du passé colonial dans l’exposition : situations et histoires nationales.