Du 17 Mar au 28 Avr 2019

Choses de la nature, nature des choses, Nora Douady

Catégorie :

36 Indre

Adresse :

Parc de la Mairie - 2 rue de la Gare 36270 - Eguzon Chantome

Née en 1964 à Paris, Nora Douady suit des études d’histoire de l’Art et les Beaux-Arts de Paris où elle est l’élève du peintre italien Leonardo Cremonini.

Elle commence à montrer son travail en 1990, essentiellement à Paris mais aussi en France et à l’étranger (Chicago, Berkeley). Elle a obtenu de nombreux prix : 2e prix de portrait P.L. Weiller de l’Académie des Beaux-Arts en 1999, Grand Prix R. Michaïlov de la Fondation Taylor et le Prix Noufflard de la Fondation de France en 2005 et en 2016 le Prix M. Corpet de la Fondation Taylor. Depuis plus de dix ans, elle expose régulièrement à la galerie Felli, où quatre catalogues ont été édités.

« En paysagiste un peu particulière, Nora Douady mêle dans ses peintures l’observation naturaliste et le recours à l’imaginaire. Ses transcriptions d’une nature fantasmée prennent parfois l’apparence d’édens surréalistes et oniriques ou s’approchent même de surfaces abstraites et lyriques. Ce mélange entre réalité et imaginaire naît de l’usage que l’artiste fait de la peinture à l’huile.
En effet, elle ne cherche pas toujours à la maîtriser par le coup de pinceau ou par la touche minutieusement étudiée. Elle laisse au contraire la matière aux prises avec le hasard, l’accident, dont elle obtient parfois des résultats plus vraisemblants lorsqu’il s’agit de reproduire des textures complexes comme l’écorce du bois ou le lichen. Nora Douady fait aussi preuve d’une grande technicité pour le rendu des nombreux détails peuplant son travail et l’ancrant dans un réalisme poétique ».
DP Noufflard

Le monde vu par… l’écume, tempéra et huile sur toile, 65X50 cm-2015
Crédits : N. Douady

 

« J’ai découvert le travail Nora Douady il y a maintenant près d’une dizaine d’années à La Frette-sur-Seine lors d’une exposition dans une petite galerie, dont les fenêtres donnaient directement sur l’eau, les saules pleureurs et la lumière du ciel. Si je me permets d’évoquer ici ce souvenir personnel, c’est que je fus frappée, en regardant ses toiles, par la force de leur présence au monde. Nora Douady nous « donne à voir », pour reprendre le titre d’un recueil de Paul Eluard. Voir, c’est d’abord regarder, scruter l’infime et l’infini, jusqu’à ce que la réalité de l’arbre, de la feuille, du caillou ou de l’eau qui court acquière la puissance et le mystère du rêve.
L’émotion, devant un tableau, à la lecture d’un poème, ou à l’écoute d’une musique, naît souvent – presque toujours –d’une impression de « reconnaissance », d’une sensation indéfinissable non pas d’un simple « déjà vu », mais plutôt d’un « déjà rêvé », en attente d’être révélé. Partant d’une observation obstinée du réel, Nora Douady cherche à en atteindre les couches les plus profondes, qu’il s’agisse d’une branche, d’une falaise, du vol d’une mouette ou du fragile miroitement de l’eau.
Il me semble que Nora approuverait cette remarque de Valéry, qui prétend que regarder, « c’est oublier les noms des choses qu’on voit ». Oublier son nom et regarder la chose comme au premier jour de l’homme sur la terre, s’imprégner de sa forme, de sa couleur, de sa lumière, puis se fondre dans la matière, dans cet ocre, ce vert, ce bleu jetés sur la toile, jusqu’à ce que resurgissent, venu d’on ne sait où, le souvenir d’une émotion ou l’image floue d’un paysage oublié de l’enfance.
Cézanne affirmait que peindre, c’était « réaliser des sensations ». Les toiles de Nora donnent parfois une impression d’apesanteur, comme si se recomposait sous nos yeux un univers onirique à partir de la réalité la plus sensorielle du caillou, de la brume ou de la transparence d’un ruisseau. C’est cette oscillation permanente qui fait toute la singularité de son travail, oscillation entre la précision de son observation du réel et son désir d’y échapper pour ne conserver, peut-être, que la sensation d’être au monde – au coeur même du vivant. »
Béatrice COMMENGE 2018

« Pour Nora Douady, pour son regard émerveillé et analytique, les branches tendues dans le feuillage, les crevasses humides dans la pierre ou la terre, sont les labyrinthe du rêve, où l’existence n’est pas décrite, mais vécue entre le dur et le tendre, par la caresse tâtonnante de la découverte.
La quête du visible, aussi intense que celle du hasard et de ses taches, lui permet de rendre de plus en plus émerveillée notre perception du monde dans l’interrogation irrationnelle plutôt que dans sa mémoire.
Une sensibilité très évocatrice qui élimine les préjugés qui séparent le microcosme du macrocosme pour nous rendre une pure « corporéïté » du rêve ».
Leonardo CREMONINI, 2007